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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 14:11

ANALYSE SUR L'ARTICULATION ENTRE RACISME, SEXISME ET CLASSISME DANS LE TRAITEMENT DU VIOL DANS LES PAYS CAPITALISTES

Par Angela Davis

Extrait de "Femmes, race et classe" de Angela Davis, 1981

Vu sur le blog "Chronique d'un nègre inverti"

Angela-Davis.jpg

 

Extrait d'un livre que j'avais lu en 2003/2004, dont l'analyse, bien qu'écrite en 1981 aux Etats Unis, faisait écho à ce qu'il se passait alors en France avec la médiatisation des "tournantes" dans les quartiers populaires, où journalistes et responsables politiques semblaient dire que les viols ça se passe exclusivement dans les quartiers. Aujourd'hui, avec le traitement médiatique et juridique de l'affaire DSK, cette analyse me paraît toujours pertinente. On aura observé que dès lors que le présumé violeur est un homme blanc puissant, qu'il soit responsable politique ou cinéaste reconnu, on ne parle plus de viol, mais de "rapport sexuel", "troussage de domestique", et autres "gauloiseries"... Qu'ils soient présumés ou condamnés, lorsqu'il s'agit d'hommes blancs puissants, on hurle la présomption d'innocence et quelle que soit l'issue des procès, on trouve le moyen de les innocenter dans le discours médiatique et politique. Lorsqu'il s'agit d'hommes des quartiers populaires, qui plus est s'ils sont catégorisés "arabes", "noirs" ou "musulmans", personne ne clame la présomption d'innocence, mais le discours médiatique fait d'une affaire particulière une généralité dans les quartiers...

En France, une enquête de l'INSEE répertorie entre 50000 et75000 viols chaque année (l'échantillon de femmes interrogées avait entre 18 et 59 ans, donc les chiffres sont sous-estimés) . Selon une estimation du collectif féministe contre le viol , seules 10% des victimes osent porter plainte et seuls 2% des agresseurs sont condamnés . Selon une étude menée par Véronique le Goaziou, "Le viol, aspect sociologique d'un crime" (la documentation française 2011), si les agresseurs sont de tous milieux sociaux, y compris les plus élevés, de toutes origines, sans qu'aucune classe ou origine ne s'y distingue, parmis les agresseurs condamnés, les  hommes des classes sociales aisées son minoritaires, et les hommes de classes populaires sont majoritaires...

 

 

"Aux Etats unis et dans d’autres pays capitalistes, les lois sur le viol ont généralement été conçues pour protéger les hommes des classes dirigeantes dont la femme ou la fille se ferait agresser. Ce qui arrivait aux femmes de la classe ouvrière ne préoccupait guère les tribunaux. En conséquence, coupable ou innocent, peu de blancs ont été poursuivis pour violence sexuelle. Par contre, les Noirs, coupables ou innocents, ont été aveuglement poursuivis. Ainsi, parmi les 455 hommes exécutés pour viol entre 1930 et 1967, 405 étaient noirs.

Dans l’histoire des Etats-Unis, la fausse inculpation du viol est l’un des plus énormes subterfuges que le racisme ait inventé. On a systématiquement brandi le mythe du violeur noir chaque fois qu’il a fallu justifier une nouvelle vague de violence et de terrorisme contre la communauté noire. L’absence remarquée des femmes noires dans les rangs du mouvement contre le viol peut s’expliquer par son indifférence à l’accusation de viol comme alibi raciste. Trop d’innocents ont été sacrifiés dans les chambres à gaz et ont croupi dans les prisons pour que les femmes noires se joignent à celles qui cherchent souvent assistance auprès des policiers et des juges […]

 

Au début du mouvement contre le viol, peu de théoriciennes féministes ont sérieusement analysée le viol des femmes noires du point vue social. On vient seulement d’ établir un lien historique entre les agressions subies par les femmes noires – violé systématiquement par les Blancs - et les violences dirigées contre les hommes noirs - blessées et assassinés par des émeutiers racistes après une fausse inculpation de viol. Chaque fois qu’elles ont dénoncé le viol, les femmes noires ont montré que l’inculpation de viol servait d’alibi à la violence raciste. Un écrivain perspicace affirme : « le mythe du Noir violeur de femme blanche est parallèle à celui de la mauvaise femme noire. Tous deux servent à justifier et à faciliter l’exploitation des Noirs, hommes et femmes. Les femmes noires qui ont pris conscience de ce phénomène se sont trouvé très tôt aux premiers rangs de la lutte contre le lynchage. » […]

 

Ce n'est pas parce qu'elles ne s'étaient pas jointes massivement au mouvement que les femmes noires s'opposaient aux mesures prises contre le viol. Avant la fin du XIXe siècle, les pionnières noires des clubs organisèrent une des premières manifestations publiques contre les agressions sexuelles. Une tradition de quatre-vingt ans de luttes contre le viol avait montré l'étendue et la gravité de la menace qui pèse sur les femmes noires. Historiquement, le Blancs, surtout les détenteurs du pouvoir économique, ont toujours prétendu avoir un droit incontestable sur le corps des femmes."

 

Angela Davis, "Femmes, race et classe", 1981

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Published by leZ Strasbourgeoises - dans Actu
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