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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 18:18

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Comment ça va les filles ?

Image de soi, bien-être et visibilité lesbienne

sur Yagg

 

 

Campagne de Yagg « Comment ça va les filles » du 24/02/2011

 

Vidéo « Image du corps et bien-être » réalisée par Yagg

 

 


 
 

Interview de Coraline Delabarre publiée sur Yagg le 09/02/2011

 

Image du corps, bien être: l’intégralité de l’interview avec Coraline Delebarre

 

Pour compléter la vidéo « Image du corps  et bien-être », voici les réponses de Coraline Delebarre dans leur intégralité.

 

Existe-t-il un stéréotype de la lesbienne ?


Historiquement, le danger représenté par les lesbiennes est d’ordre social plutôt que sexuel puisqu’elle remet en cause la « séparation entre les sexes, fondements de la cohésion sociale ». C’est ce postulat qui a construit le modèle d’invertie. L’invertie étant la « vraie » lesbienne (la masculine) qui transgresse le genre, versus la fausse, féminine, qui porte certains marqueurs de disponibilité pour les hommes, puisque qu’elle est socialement perçue comme femme, qui serait donc « victime », influencée par la masculine. La lesbienne féminine est ainsi plus transparente, plus invisible, même si elle a toujours existé.

 

Pour les lesbiennes radicales et politique des années 70-80, afin de s’accomplir et exister, les lesbiennes doivent se créer dans une autre catégorie. Un « ailleurs » qui leur permettrait à la fois d’exister au-delà des normes et de s’assurer une identité propre.

 

Pour elles, refuser d’être une femme ne signifie pas souhaiter être un homme. Il s’agit plutôt d’une alternative au genre social femme. Cependant, lorsque l’on sait que le genre est perçu comme binaire, comment refuser d’être une femme sans aller vers le masculin (et non pas l’homme !).

Cet acte « politique » donnera naissance aux « Jules », « camionneuses » et autre « Butch », devenues modèles visibles du groupe. Une façon de se donner à voir et de rompre l’anonymat et le silence qui entourent la sexualité et l’identité lesbienne. Le modèle de lesbienne masculine était un « outil » de revendication  et de différenciation sociale qui a très largement participé à l’émergence et la visibilisation d’un environnement lesbien dont toutes ont bénéficié.

 

Mais ceci ne s’est pas fait sans heurt, car transgresser les barrières de genre c’est avant tout attirer le regard sur soi, stratégie parfois coûteuse. Ce rôle que sa visibilité lui a assigné lui vaut, en contrepartie, d’être celle sur laquelle le rejet et la lesbophobie s’exercent de la manière la plus évidente et ce aussi dans certaines communautés féministes et  lesbiennes…

 

Et dans la communauté lesbienne ?


La discrimination et le rejet des lesbiennes masculines peut être perçu également dans la communauté lesbienne. Il suffit pour cela de lire certaines petites annonces : « Masculine, alcolo, s’abstenir », « Camionneuse, déséquilibrée s’abstenir »… La masculinité est bien souvent rattachée à des qualitatifs négatifs

 

Dans les communautés lesbiennes, il est souhaitable de se reconnaître entre paires mais  être trop visible peut représenter un danger; c’est pourquoi les lesbiennes masculines qui sont trop visibles sont parfois rejetées. Marcher à côté de son amie masculine dans la rue c’est s’exposer en tant que lesbienne par extension. De plus, on retrouvera également une discrimination liée au fait de ressembler à un « homme » et de ce fait de ne pas être perçue comme une « vraie » femme.

Les lesbiennes féminines sont quant elles invisibles dans la communauté. Pas forcément identifiées comme lesbiennes, elles souffrent de cette invisibilisation, elles ne sont pas reconnues comme de « vraies » lesbiennes (parfois bi, parfois hétéro en quête d’expérience) et sont socialement perçues comme des femmes hétérosexuelles.

Entre image du corps, rapport au corps, critères de beauté…, dans et en dehors de la communauté, il est parfois difficile de faire le grand écart entre ce qu’on est, ce qu’on aimerait donner à voir et comment on aimerait être perçue… difficile aussi d’être identifiée comme lesbienne par ses paires mais pas dans la société….

Pour pallier à cela, les signes distinctifs ont longtemps, et sont toujours,  utilisés (chaine de cheville, cheveux courts, vêtements, montre d’hommes, coupe de cheveux…). Des artifices parfois invisibles pour la société mais des marqueurs identitaires forts dans la communauté. A savoir qu’aujourd’hui les médias donnent à voir une pluralité de modèles lesbiens qui permettent une identification plus élargie.

Une autre façon de construire son identité, c’est de la nommer. « Homosexuelle », « Gay », « Lesbienne », « Gouine »… autant de terminologies servant à s’approprier une identité de façon individuelle et collective qui vient donner du sens et affirmer l’identité de celle qui se nomme. Toutes ces stratégies sont autant de façons pour les femmes homosexuelles de mettre en valeur leur identité en renforçant leur estime d’elles-même face à la stigmatisation et à la discrimination ambiante. Ici, le vocabulaire a aussi valeur politique et culturelle.

 

Pour conclure ?


L’invisibilité lesbienne est une répression silencieuse constituant un obstacle à la construction identitaire, aussi bien individuelle que collective, tout simplement parce que tout le monde cherche une reconnaissance sociale : être reconnue pour être acceptée, intégrée.

Chacune, à son niveau peut agir pour exister que ce soit en militant, en se donnant à voir, en refusant les pressions sociales, la lesbophobie et les discriminations, ou tout simplement en étant bien dans sa peau, fière de soi et de son identité. Identité positive et haute estime de soi sont des caractéristiques importantes qui permettent, entre autres, une minoration du mal-être et des prises de risque multiples. A chacune de trouver sa façon d’être lesbienne, son style…

Alors, comme le dit si bien Monique Wittig : « Mesdames, soyez les propres légendes de votre vie ! »

 

La vidéo Image du corps, bien être.

 

Pour rester informée sur la campagne Comment ça va les filles?, rejoignez le groupe sur la communauté.

(Créer un compte ou se connecter, puis re-cliquer sur le lien pour trouver le groupe)

 

 

Pour aller plus loin :

 

    * Bard Christine, Les Garçonnes : Modes fantasme des années folles, Flammarion, Coll. Générations, Paris, 1998.

    * Bourcier Marie-Helene, Suzette Triton (dir.), Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes… autour de l’œuvre de Monique Wittig, Éditions gaies et lesbiennes, Paris, 2002.

    * Chartrain Cécile, Chetcuti Natacha (dir.), « Lesbiennes », Genre, Sexualité et société, n°1, printemps 2009.

    * Hall Radcliffe, Le Puit de solitude, Gallimard, Paris, 1932.

    * Lemoine Christine, Renard Ingrid, Attirances, Edition Gaies et Lesbiennes, Paris, 2001.

      Chetcuti Natacha, Se dire lesbienne, Vie de couple, sexualité et représentation de soi, Payot, Paris, 2010

    * Pelletier Madeleine, L’éducation féministe des filles, Syros, Paris, 1914.

    * Wittig Monique, La Pensée straight, Balland, Paris, 2001.

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Published by leZ Strasbourgeoises - dans Actu
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