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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 14:52

ICI ON BRULE LES ROMS

INCENDIE DE LA MAISON DES ROMS :

UN MORT, UNE CENTAINE DE PERSONNES A LA RUE...

 

incendie-de-la-Baraka.jpg

 

Lundi 24 octobre au soir, "La maison des Roms", un bâtiment d'une ancienne cartonnerie du 20ème arrondissement de Paris, abritant 114 Roms dont 43 enfants, a brûlé. Ion Salagean est mort. Une centaine de personnes est à la rue. La scolarité de nombreux enfants qui vont à l'école dans le quartier est mise en péril. Toutes les affaires ont brûlé : vêtements, médicaments, couvertures ...

D'après le journal "Le 75020", un adolescent présent dans le squat et entendu par la police le soir même de l’incendie a témoigné : « J’ai entendu du bruit sur le toit du bâtiment, mais je n’ai pas regardé tout de suite, je croyais que c’était des pigeons. Juste après, j’ai vu une bouteille en verre tomber à côté du conteneur à poubelles et le feu a pris immédiatement quand elle a éclaté. Il y avait sûrement de l’essence dedans car ça s’est répandu très vite sur le sol. J’ai levé la tête et j’ai vu des personnes cagoulées sur le toit. »

Pour les habitants de "La maison des Roms" le contexte était très hostile depuis quelques jours : pétition et manifestations hostiles de voisins, tentative menaçante d'intrusion dans le bâtiment après la visite d'une femme s'étant présentée comme "mandatée par la Mairie" qui était déjà venue prendre des photos du site en vue de supposés travaux.

 

Si on fait le tour des articles de journeaux, on lira partout "incendie", "drame"... Il faudra attendre les conclusions de l'enquête policière -si l'enquête conclue au crime- pour oser dire : des hommes ont attaqué à coup de coktail molotov (c'est comme ça qu'on appelle une bouteille qui tombe et s'enflamme, non ?) une maison où se trouvaient réunis 114 Roms dont 43 enfants. Ces hommes savaient ce qu'il faisaient, puisque lorsque brûlent des habitats de Roms il y a souvent des morts. Ces hommes ont voulu tuer des personnes parce qu'elles étaient Roms. Ces hommes ont voulu priver des personnes de leur abri, de leur vêtements, de toutes les affaires, pour qu'elles soient d'autant plus exposées à la maladie ou à la mort, parce qu'elles étaient Roms. Ce ne sont pas une ou deux ou trois personnes qui ont été attaquées, mais 114 en une seule fois !!!

Mais on ne peut pas nommer le crime "crime" tant que l'enquête n'aura pas validé qu'il s'agissait d'un crime. En attendant, on parle d'incendie, de "drame", d'accident, on contourne l'innomable et ce sont les arguments habituels : "l'insalubrité",  "la misère", cette "toute misère du monde" qu'on ne saurait accueillir ici... Oui mais cette fois, les Roms logeaient dans un corps de bâtiment qui avait été déclaré salubre. Les habitants de la maison des Roms s'étaient organisés collectivement avec des associations et avaient obtenu, chose rare, l'installation de l'éléctricité et de l'eau. Pas de court-circuit éléctrique, les lampes étaient toujours allumées quand l'incendie s'est déclaré. Et cet adolescent qui a vu une bouteille tomber et s'enflammer et des hommes cagoulés sur le toit (la plupart des habitants étaient réunis dans la cour pour une fête d'anniversaire). Mais ce squat de Rom a quand même brûlé, comme brûlent trop fréquement les campements et maisons où les Roms tentent de s'abriter...

 

Faites une recherche google avec les mots clefs "incendie Roms" ... ça fait froid dans le dos ! Pour ne prendre que les incendies d'habitats de Roms qui ont été médiatisés ces dernières années :

Mai 2008, Naples (Italie), 5 campements Roms incendiés le même jour, d'autres campements menacés par le voisinage (plus d'infos)

Juillet 2008, Montreuil (plus d'infos )

Mai 2009, Bobigny, bilan "provisoire" 1 à 2 enfants morts, un confirmé (plus d'infos).

Juillet 2009, Epinay-sur-Seine, 2 blessés (plus d'infos ).

Novembre 2009, Petit Clamart (plus d'infos)

Fevrier 2010, Orly, incendie d'un campement Rom. 3 enfants morts, 2 blessés. (plus d'infos)

Fevrier 2010, Noisy le Sec

Mars 2010, Massy (Essonne), l'incendie s'est déclaré pendant une altercation entre deux groupes de Roms, la police était présente et n'est pas intervenue pour empêcher l'incendie  (plus d'infos ).

Avril 2010, Gagny, un enfant mort, sa soeur et sa mère grièvement blessées, son père blessé. Incendie d'origine accidentelle attesté ; les habitants du campement n'avaient pas obtenu l'accès à un point d'eau et n'avaient pas la possibilité de maîtriser l'incendie (plus d'infos ).

Aout 2010, Bobigny, selon plusieurs témoignages l'incendie serait criminel (plus d'infos ici et ici )

Janvier 2011, Cenon, banlieue de Bordeau, incendie d'origine accidentelle attesté (plus d'infos ).

Janvier 2011, Bordeau La Bastide, incendie d'origine accidentelle attesté (plus d'infos )

Janvier 2011, Orly, origine criminelle de l'incendie attestée (plus d'infos).

Fevrier 2011, Ivry-sur-Seine, un mort (plus d'infos).

Fevrier 2011, Rome, 4 enfants morts, peut-être un enfant en plus, 4 personnes portées disparues. (plus d'infos).

Mars 2011, Bordeau cours Edouard Vaillant (plus d'infos )

Mars 2011, Reims, incendie d'origine criminelle attesté (l'auteur du crime dit avoir voulu se venger d'une agression sexiste sur sa soeur). Deux personnes blessées. (plus d'infos)

Avril 2011, Grammont près de Montpellier (plus d'infos)

Mai 2011, Venissieux (Rhône) (plus d'infos ).

Mai 2011, Marseille 10ème (plus d'infos ).

Juin 2011, Montpellier, selon les témoignages des habitants le camp a été attaqué par 6 individus au coktail molotov, des caravanes ont été aspergées d'essence, la police a tardé à commencer une enquête, attitude étrange de médias locaux ... (plus d'infos)

Juillet 2011, Noisy le Sec (plus d'infos.

Juillet 2011, Paris, Porte de la Villette (plus d'infos ).

Septembre 2011, Belle de Mai Marseille, l'article précise qu'en "quelques mois" 4 campements ont été incendiés... (plus d'infos).

Septembre 2011, St Denis, les circonstances de cet incendie sont particulièrement étrange... ( plus d'infos )

Rien qu'en 10 mois sur l'année sur l'année 2011, 15 incendies touchant des habitats de Roms. Et à en croire les articles qu'on trouve sur le net, les habitats de Roms "brûlent" de plus en plus en France.

Parfois l'origine accidentelle est attestée. Il faut savoir que la plupart de ces campements s'apparentent à de véritables bidonvilles. La plupart des communes semblent ignorer la loi française, par exemple la loi Besson de 1990 revue en 2000, qui les contraint à mettre à disposition des Roms des aires d'accueil avec les équipements nécessaires (point d'accès à l'eau, à l'électricité, sanitaires, collecte des déchets etc...). En l'absence de site adaptés, les Roms installent des campements là où ils peuvent, dans des conditions sanitaires épouvantable, et il arrive même qu'on leur refuse l'accès à un point d'eau quand ils le demandent : c'était le cas à Gagny en 2010 où l'absence de point d'eau a eu entre autre comme conséquence dramatique de mettre les habitants du campement dans l'impossibilité de lutter suffisament tôt et efficacement contre l'incendie en attendant l'arrivée des pompiers. L'origine de l'incendie, une bougie, seul moyen de s'éclairer en l'absence d'accès à l'éléctricité. Un enfant en est mort...

Parfois l'origine criminelle est attestée.

Le plus souvent, les article ne disent rien quand à l'origine de ces incendies. Parfois ils évoquent l'ouverture d'une enquête, mais on ne trouve pas de suivi d'information disant à quelles conclusions ont aboutit ces enquêtes.

Parfois, les articles évoquent le témoignages de sinistrés, disant avoir vu des individus attaquer le campement, photos de coktails molotovs à l'appui, mais on ne parle d'aucune enquête, d'aucune poursuites judiciaire qui auraient suivi.

 

114 peronnes dont 14 enfants qu'on a tenté d'assassiner, dont la maison et toutes les affaires ont brûlé, parce qu'il sont Rom, ça n'émeut pas grand-monde... même si c'est le 16ème incendie d'habitat Rom en 11 mois en France... même si à chaque fois ce sont entre 50 et 200 personnes qui sont mises en danger, perdent le peu qu'elles possèdent, se retrouvent à la rue, même si il y des morts, enfants et adultes... Pas de ministre qui se déplace pour assurer les personnes sinistrées de son soutien et pour dire ce que l'Etat compte faire pour en finir avec cette vague d'incendies meurtrière... Et pendant ce temps là, des responsables politiques stygmatisent les Roms et attisent la haine... "la délinquance des jeunes Roms", "les campements illégaux de Roms" ...

 

Le rapport de l'assemblée parlementaire de Fevrier 2010 alerte les 47 Etats Membres du conseil de l'Europe sur la montée des violences à l'encontre des Roms en Europe et parle "d’une tendance à un antitsiganisme délétère qui se généralise en Europe". Il cite le commissaire de l’Union européenne à l’égalité des chances, Vladimir Spidla : «il semble que les Roms sont devenus la cible d’une violence raciste organisée alimentée par le populisme politique, le discours de haine et la médiatisation. Dans certains cas, les Roms sont les boucs émissaires des grands problèmes sociaux» (ERIO, E-News, 9 mars 2009). Il cite quelques faits effroyables tels que :

- des manifestations anti-Roms et des slogans, des propos incendiaires contre les Roms dans les campagnes éléctorales et de violentes agressions de Roms au coktail molotov en République Tchèque, où les extrèmistes ont infiltré la police, l'armée et les administration pénitenciaires,

- l'augmentation de défilés anti-Roms et d'agressions brutales contre les Roms dans plusieurs états membres,

- des agressions de Roms avec des refus de la police d'intervenir en Bulgarie,

- des discours de haine raciale anti-Rom en Croatie,

- des "marquages" de Rom au tampon pour les "identifier" par des fonctionnaires en France,

- des violences policières à l'encontre de Roms en Grèce,

- des agressions verbales contre les Roms, les juifs et gays devenues quotidiennes, des bombes incendiaires, des grenades à mains contre des habitats Roms, des Roms assassinés ou grièvement blessés en Hongrie,

- l'appel à la répression des Roms d'un ministre, des fichages abusifs de Roms, des expulsions brutales de campement Roms, de nombreux incendies criminels de campement Roms laissés impunis, des attaques de campements Roms par la population locale, des violences policières sur des Roms, des tabassages, meurtres, menaces de mort et ostracisation de Roms en Italie,

- des constructions de murs pour séparer les Roms des autres habitants dans certaines communes en Roumanie et au Portugal,

- des meurtres de Roms et des incendies de maison Roms en Russie,

- des tortures de Roms en présence de policiers en Serbie,

- des sévices sur des enfants Roms infligés par la police en République Slovaque,

- des propos racistes anti-Roms tenus par des responsables politiques et relayés par les médias en Suisse,

- des affiches appellant la population à signaler les Roms à la police en Ukraine,

- de violentes agressions et des attaques de gangs contre la diaspora Rom au Royaume Uni

Le rapport rappelle également que la population Rom est la plus grande minorité d'Europe, qu'elle est présente dans presque tous les 47 Etats membres du conseil de l'Europe, que les discriminations anciennes des Roms, en terme de droits fondamentaux au logement, à l'éducation, à la santé etc... persistent dans tous les Etats Membres, et que chaque Etat membre doit prendre ses responsablités de toute urgence et mettre en place une politique efficace de lutte contre les discriminations anti-Roms. Il propose à cette fin un certain nombre de recommandations (projet de résolution p 2/22 points 15 à 22 et projet de recommandation p 6/22).

 

Que s'est-il passé en France depuis février 2010 ? Le 30 juillet 2010, dans le "discours de Grenoble", Nicolas Sarkosy s'engage à faire démanteler la moitié des campements illégaux de Roms dans les trois mois, à confier la décision d'évacuer les camps aux préfets et à réformer la politique de lutte contre l'immigration illégale pour éviter que les Roms reviennent chaque année sur le territoire français pour toucher les aides au retour de l'État. Les renvois collectifs de Roms principalement en Roumanie mais aussi en Bulgarie et en Hongrie suscitent des réactions internationales : Les pays concernés par l'arrivée de Roms expulsés critiquent la stigmatisation de cette communauté tandis que la Commission européenne incite la France à respecter les règles de libre circulation des personnes au sein de l'Union européenne (plus d'infos ici)  . Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU critique le 27 août 2010 le renvoi massif de Roms qui seraient « victimes d'une montée [...] des violences à caractère raciste » en France (plus d'infos ici).

 

Les Roms de ces campements illégaux qui brûlent si souvent, sont pour la plupart originaires de Roumanie et de Bulgarie. Ce sont des ressortissants européens. Ils devraient selon les dispositions de l'Union Européenne jouir du droit de libre circulation au sein de l'Union Européenne, pouvoir s'installer et travailler légalement en France comme tous les ressortissants européens et ainsi avoir la possibilité d'accéder à un logement décent, aux soins médicaux, à la scolarisation des enfants etc... Mais depuis l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'Union Européenne le 1er janvier 2007, la France maintient des dispositions transitoires qui rendent très difficile l’accès au travail des citoyens roumains et bulgares et limitent leur droit d’installation. Ces règles contraignent de fait les Roms venus de Roumanie et de Bulgarie à une extrème précarité. Alors que ces mesures transitoires prennent fin le 31 décembre 2011, le gouvernement français a d’ores et déjà annoncé sa volonté de les prolonger jusqu’en 2014 (plus d'infos ici).

Ainsi les Roms fuyant les persécussions ou la misère qui arrivent en France actuellement n'ont pas la possibilité de travailler légalement et d'accéder à un logement décent. Etant ressortissants européens, il ne peuvent pas faire de demande d'asile s'ils sont menacés dans leur pays, et ne peuvent donc pas bénéficier des (maigres) aides auxquelles ont droit les demandeurs d'asile et les réfugiés. Sans droit au travail et sans aides ils sont contraints au travail illégal et à la mendicité pour survivre. La plupart des communes ne respectant pas la loi Besson, ils sont contraints le plus souvent de s'intaller illégalement sur des terrains inoccupés dans des campements de fortune ou des bidonvilles, sans accès à l'eau, à l'éléctricité, aux sanitaires et à l'évacuation des déchets. Le barrage des langues et l'éloignement des centres ville rendent très difficile l'accès aux soins. Régulièrement chassés, expulsés, contraints de changer fréquement de place, la scolarisation des enfants est difficile. Ces dispositions légales entraînent donc de nombreuses atteintes à leur droits fondamentaux : constament chassés, souvent leurs rares biens sont détruits juste après l'expulsion, contraints à des conditions de vie effroyables, d'autant plus exposés à la maladie et à la mort. Ces dispositions légales rendent également impossibles leur intégration sociale et c'est précisemment ce qu'on leur reproche, comme si c'était une volonté de leur part.

 

Et enfin il y a ces incendies, de plus en plus fréquents, qui surviennent généralement alors qu'une procédure d'expulsion du terrain ou du bâtiment est en cours. Après ces incendies, ils n'ont plus rien, ni logement -aussi précaire soit-il-, ni vêtements, ni matériel... Les autorités locales leur proposent généralement un hébergement d'urgence pour quelques jours et puis... plus rien. C'est généralement à ce moment-là, où les Roms sont particulièrement fragilisés, que les autorités ou des associations mandatées par les autorités leur proposent ce qu'on appelle un "rappatriement humanitaire", c'est à dire une somme d'argent pour retourner volontairement dans le pays d'où ils viennent. Certains refusent, d'autres acceptent, mais reviennent pour la plupart, tout aussi indésirables là-bas qu'ici... et le cercle infernal recommence !

C'est aussi ce qui se profile pour les sinistrés de la Maison des Roms qui a brûlé le 24 octobre.

Mais il ne faut pas dire "Ici, là-bas, on brûle les Roms"... même quand l'incendie est criminel, même quand l'origine de l'incendie est accidentelle, mais que l'accident vient de la misère et du traitement inhumain qu'on leur impose pour s'en débarasser.... non, non, rien de criminel dans tout ça...

 

Le collectif la Baraka, les Lutheuses de Rrue et 6 autres association se mobilisent et lancent un appel : N'acceptons pas l'intolérable ! On peut également voir l'appel ici avec la liste des signataires.

Elles-ils appellent les associations et collectifs à co-signer leur appel. Il faut envoyer les signatures à inesdelunah@yahoo.fr .

Il y a également de fréquents rassemblements auxquels les parisien-ne-s peuvent se joindre.

Pour suivre les suites concernant la situation des sinistrés de la Maison des Roms et les mobilisation, RDV sur le site des Lutheuses de Rrue.

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Published by leZ Strasbourgeoises - dans Actu
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commentaires

prisesdepensee 02/11/2011 17:52


à bientôt donc merci pour ces liens solidaires, mis sur le blog des Lutheuses de Rrue


Inès