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bannière violette et jaune

27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 20:23

 

LA « MARCHE DES SALOPES » / « SLUTWALK »

DEBARQUE A STRASBOURG !

RDV Samedi 1er Octobre 2011 à 14h30 place Kleber

 

slutwalk.jpg

 

 

C’est parti de Toronto en février 2011 : suite aux propos déplacés d’un agent de police canadien, Michael Sanguinetti qui  déclare lors d’un forum sur la sécurité des élèves : « Les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes afin de ne pas être agressées » , 3 000 personnes, surtout des femmes, défilent dans la rue le 3 avril 2011 derrière la banderole « Slutwalk » (marche des salopes) pour protester. Elles clament leur ras-le-bol des viols et violences sexuelles, du déplacement de la responsabilité sur les victimes, et rappellent que les personnes victimes d’agressions sexuelles n’en sont jamais responsables, peu importent les circonstances. Par cette marche elles réaffirment leur droit au respect et à l’indépendance, quelle que soit la tenue, l’orientation sexuelle, le genre ou les origines. Sur les photos des manifestations, revient un slogan : « ne nous dites pas comment nous habiller, dites-leur de ne pas violer ! ».

 

Depuis, les Slutwalk se propagent dans les villes du monde entier : Sao Polo, Seattle, San Diego ; New Dehli, Amsterdam, Helenski, Londre, Berlin, Paris…

 

Le 1er Octobre prochain sera une journée de mobilisation internationale des Slutwalk contre les viols et les violences sexistes. Plusieurs villes de France rallient le mouvement : Aix en Provence, Lille, Nice, Lyon, Marseille, Paris, Strasbourg…

 

En France, les propos sexistes de responsables politiques, intellectuels et journalistes à l’occasion de la médiatisation des affaires DSK et Tron cet été ont attisé la colère. À cette occasion, les féministes n’ont cessé de rappeler que chaque année 75000 viols sont commis en France (ne sont pas comptabilisés les viols d’enfants, donc on est très en dessous de la réalité), que seules 10% des personnes violées osent porter plainte, et que seulement 2% des violeurs sont condamnés (ceux des classes aisées échappant en grande majorité aux sanctions judiciaires). De nombreuses personnes ayant subi des viols ou des violences sexuelles se sont manifestées, en contactant les associations ou en témoignant sur le net. On aura découvert que jusqu’à l’assemblée nationale, les femmes n’osent pas porter de jupes pour échapper aux agressions sexistes de leurs collègues députés. Entre les commentaires médiatiques et ceux de notre entourage, on a eu droit à tous les clichés : Sur les femmes dénonçant un viol ou des violences sexuelles pèsent les stigmates de « menteuses », « putes » ou « salopes », le viol est vu comme une fatalité  soit naturelle (« c’est inscrit dans les gènes », « les pulsions irrépressibles du violeur », etc…), soit psychologiques (le violeur est « un malade qui doit se faire soigner » ou un « monstre qu’il faut enfermer »), et cela au mépris de toutes les recherches qui ont été faites sur les viols et les violences sexuelles et qui ont été maintes fois rappelées par les féministes cet été. Et ce qui a peut-être été le plus révoltant, c’est le refus obstiné des responsables politiques et des médias de regarder en face le fond du problème plutôt que de se focaliser sur la personne de DSK : Les viols et les violences sexistes sont un fléau social d’ampleur qui nécessite que les politiques prennent leurs responsabilités : pour que les lois s’appliquent, mais aussi et surtout pour en finir avec les inégalités et les discriminations de tous ordres, parce que c’est la discrimination institutionnalisée, légitimée par l’état qui est la cause des violences, qu’il s’agisse de sexisme, de racisme, d’homophobie ou de transphobie, et non une quelconque fatalité génétique. Et ce ne sont pas les études et les expertises qui manquent pour élaborer des politiques efficaces de prévention et de lutte contre les inégalités et les discriminations. Ce qui manque c’est la volonté politique. Alors que la lutte contre les violences faites aux femmes a été décrétée « priorité nationale », l’actuel gouvernement n’alloue que des moyens très insuffisants pour cette politique, supprime des centres IVG et réduit drastiquement les subventions allouées aux associations de planning familial et d’aide aux femmes victimes de violences. Alors qu’on est en pleine campagne électorale, aucun parti n’a réagi en faisant ne serait-ce qu’une proposition sérieuse de lutte contre les viols et les violences sexistes avec un programme précis et des moyens adéquats. A longueur de temps, des responsables politiques de droite comme de gauche peuvent se permettre des propos sexistes, racistes, homophobes ou transphobes, attisant la haine, légitimant les violences sans que cela n’ait aucune conséquence pour eux, au contraire, ils continuent d’accéder aux plus hautes responsabilités.

 

slutwalk-strasbourg.jpg


 

Le message de Slutwalk France est clair : « Plus de culpabilisation des victimes de viol. Plus d’insultes ou d’insinuations nauséabondes. Nous devons lutter contre le sexisme et les clichés liés au viol ! La honte doit changer de camp ! Non signifie Non ! Il est urgent d’agir ! Chaque jour, dans notre pays, 137 femmes sont violées, 1 femme sur 10 est victime de violences et tous les 2 jours et demi, 1 femme meurt sous les coups de son conjoint ! ». En France, la réappropriation de l’insulte « salope » a une résonnance historique avec le manifeste des « 343 salopes » en 1971 en plein Mouvement de Libération des Femmes, signé par 343 femmes célèbres, pour exiger la légalisation de l’avortement, affirmer qu’elles avaient enfreint la loi pour avorter et réclamer le droit fondamental de la libre disposition de leur corps. Et c’est encore la libre disposition de leur corps que réclament les marcheuses des Slutwalk aujourd’hui. Cette année, pour le 40ème anniversaire du « manifeste des 343 salope », 343 femmes ont signé « le manifeste pour l’égalité ».

 

Sur son site, la Slutwalk Strasbourg rappelle quelques faits divers locaux très récent, qui montrent à quel point les viols et les violences sexistes sont fréquents ici comme ailleurs et qu’il s’agit de quelque chose qui précisément ne relève pas du fait divers mais du fléau social. La Slutwalk Strasbourg précise par ailleurs : « La SlutWalk ne défend pas uniquement les femmes mais toutes les personnes victimes d'agression sexuelle, sans distinction de sexe, age, genre, origine... »

On peut par ailleurs avoir un échange plus direct avec les organisatrices de la Slutwalk Strasbourg sur la page facebook ou sur l’évènement facebook.

On peut également télécharger des affiches, des slogans et des tracts ici.

 

 

NB :

 

Bien que je sois moi-même une adepte de la réappropriation d'insultes telles "salope" ou "gouine", comme cela se fait parfois dans les milieux féministes, LGBTI et queers français, il me parait important de mentionner le débat qui a actuellement cours aux Etats Unis et au Canada et qui soulève d'importantes questions politiques.

Les BlackWomen's Blueprint ont publié une lettre ouverte à l’attention de la SlutWalk. Pour elles l'appropriation de l'insulte "Slut" ("pute", "traînée", selon wordreference, et que la SlutWalk française traduit par "salope" dans la filiation de l’histoire féministe française) est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre. Même si elles comprennent que cela puisse être positif pour une certaine catégorie de femmes, elles expliquent que dans un contexte de sexisme, de racisme et de discriminations de classe, cette stratégie n'apporte ni sécurité ni puissance aux femmes de couleur  qui sont plus violemment affectées par ce stygmate et que le label "SlutWalk" peut être excluant pour de nombreuses femmes. Elles demandent à ce que le nom de la marche soit changé afin que toutes le femmes puisse se joindre à ce combat et à ce que les féministes de couleur puissent participer à l’organisation des futures marches.

Il se trouve que la marche de New Delhi a été rebaptisée "Marche des effrontées" et que sur les photos et vidéos qu'on peut trouver sur le net des SlutWalk en Europe, au Canada et aux Etats Unis, on voit une large majorité de jeunes femmes blanches.

Cette lettre ouverte, publiée très récemment et diffusée via facebook fait écho a d'autres critiques qui existent depuis le début de la marche aux Etats Unis et au Canada tel que ce texte de Harsha Walia "Slutwalk: To march or not to march" et ce communiqué de AF3IRM "AF3IRM Responds to SlutWalk: The Women’s Movement Is Not Monochromatic".

Cependant le but n’est pas là de dénigrer la Slutwalk. À lire les commentaires publiés au bas de la lettre publiée en anglais sur facebook, il semble que le dialogue se noue entre le BlackWomen's Blueprint et les organisatrices des SlutWalk de Toronto, Vancouvert et Philadelphy. On apprend d’ailleurs au passage que les SlutWalk de chaque ville ont une organisation autonome. Les organisatrices de la SlutWalk de Strasbourg viennent de prendre connaissance de cette lettre ouverte qui vient d’être traduite en français. On verra si ce débat fait écho en France et quelle sera la participation aux marches de samedi. Si la diversité fait défaut, il faudra bien en tirer les leçons et se remettre en question.


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Published by leZ Strasbourgeoises - dans Actu
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commentaires

radiocancan 01/10/2011 06:16


Je suis d'accord avec vous deux que l'appropriation de l'insulte "salope", c'est un truc de privilégié-e. En cela vous rejoignez la position des blacks féministes qui ont écrit la lettre ouverte.
D'ailleurs ce texte et d'autres qui circulent m'ont fait comprendre, que d'une manière générale s'approprier des insultes n'est pas un luxe que tout le monde peut se permettre; ça m'a fait
réfléchir, parce que j'aime bien me nommer "gouine", mais qu'après tout ça me met beaucoup moins en danger que d'autres lesbiennes, et que je ne me nomme même pas comme ça n'importe où. Pour ma
part, je vais y aller parce que je veux me faire une idée en direct avant de juger, et parce que les revendications qu'elles avancent dans leur appel, contre le viol et les violences sexistes, sont
très importantes pour moi, mais c'est vrai que je trouve leurs textes un peu flou en terme d'analyse politique, mais bon même si ce n'est que pour exprimer un ras le bol (c'est aussi ce qu'on fait
dans les marches de nuit féministe), si ce mouvement s'avère inclusif, non excluant, ce ne serait déjà pas si mal... ce que j'ai pu constater dans mes recherches, c'est que ce mouvement attire
beaucoup de très jeunes femmes qui n'étaient pas auparavant dans des mobilisations. Bref je suis très curieuse de voir qui vient demain. En tout cas c'est la première fois depuis très très très
longtemps que je vois une mobilisation d'une telle ampleur contre le viol et les violences sexites... depuis des années j'avais l'impression que ces questions ne suscitaient que silence et effroi
chez les femmes... Et puis, rien ne nous empêche d'organiser ici d'autres actions féministes contre le viol et les violences sexistes/transphobes/homophobes etc... avec des revendications précises
en terme d'égalité en droit. Je suis d'accord avec toi Coco que c'est la discrimination institutionalisée, et légitimée par l'état, qui produit et légitime les violences. Par contre Micheline, j'ai
lu les textes que tu as mis en lien, dont beaucoup écrits par la même personne, et ce qui est dit à propos de la Slutwalk ne colle pas avec le discours de celles qui l'organisent ici à Strasbourg :
j'ai lu attentivement leur site, je leur ai posé des questions, et de ce que j'ai compris, elle ne sont pas féministe, encore moins féministes pro-sexe (j'en sais quelque chose, j'en suis une de
féministes pro-sexe, ce qui ne m'empêche pas de vouloir aussi me battre contre les viols et violences à l'encontre des prostituées, au contraire ;-) ). En fait j'ai plutôt eu l'impression qu'elles
avaient peur de revendiquer l'autonomie sexuelle. Et dans leurs appels, il n'y a pas d'injonction à se déguiser en "salope", et même à quelqu'une qui a posé la question, elles ont répondu qu'on
venait telle qu'on était tous les jours... Je ne suis pas non plus certaine que celles qui se mettent en minijupe ou en soutien-gorge "jouent" à la "salope", mais plutôt qu'elles expriment leur
ras-le-bol d'être contrôlées et leur volonté de disposer de leur corps. Elles sont très proche en âge de ma fille (19 ans), et même chez les filles plutôt réservées, c'est la mode des jupes
ultra-courtes en ce moment. Après on est d'accord que ça ne passe pas par les fringues, et qu'il n'y a pas que celles qui portent des minijupes qui se mangent la violence. Bref, on verra demain...
(enfin tout à l'heure)


Micheline Carrier 30/09/2011 18:56


Sisyphe (site du Québec) a publié aussi plusieurs articles sur le sujet:

http://sisyphe.org/spip.php?article3875
http://sisyphe.org/spip.php?article3902
http://sisyphe.org/spip.php?article3870
http://sisyphe.org/spip.php?article3877


GouineMum 29/09/2011 23:54


J'oubliais : la place Kléber sera sûrement bien encombrée par le rallye de France. On dirait qu'une fois de plus la Préfecture n'en rien à foutre de la collision des événements grands et
commerciaux avec ceux petits et militants... (ça fait deux ans qu'on galère pour le TDoR avec leurs commémorations de la libération de Strasbourg).


GouineMum 29/09/2011 15:27


Ce samedi à l'heure de la Slutwalk de Strasbourg je serai en train de gagner ma vie en vraie salope, à savoir en tant que pute (dominante) avec un client (soumis). C'est mon métier, c'est ma
décision, et c'est tous les jours.


GouineMum 29/09/2011 15:22


Je cite quelqu'une qui co-milite avec moi au STRASS :

"J'ai le sentiment que le message de la SlutWalk, pour beaucoup de féministes qui s'y impliquent, ce n'est pas "Je suis une salope, je l'assume et c'est pas pour ça qu'on a le droit de me violer".
Mais plutôt : "Je ne suis pas une salope, même si tu trouves que j'en ai l'air parce que t'es qu'un gros dégueulasse qui mérite d'être rééduqué".

Elle a raison. Et je trouve cette approche très contre-productive pour les luttes des femmes : on se fout de rééduquer les mecs, on veut voir nos droits _appliqués_, tout simplement. Nous déguiser
en salope juste pendant une demi-journée fera reculer nos droits tout comme les Pride-carneval font reculer les droits des personnes LGBTI.

La slutwalk, ma slutwalk personnelle et chacune la sienne, ça doit être 24h/24 365 jours par an ! Et pour nous _imposer_, pas pour éduquer.