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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 01:15

"NOUS SOMMES LES OISEAUX DE LA TEMPÊTE QUI S'ANNONCE"

LOLA LAFON

 

Lola Lafon livr

 

Puisque Lola Lafon sera à Strasbourg dimanche pour un concert lecture à l'Aubette à 19h,

puisque je ne cesse de vanter aux unes et aux autres, son dernier livre,

ce livre qui m'a fait rêver quand je croyais que mon imaginaire s'était désseché et m'a donné des armes pour combattre le desespoir,

ce livre qui m'a appris à reconnaître certaines "petites filles au bout du chemin", et qui me fait souhaiter d'avoir toujours au moins une Voltairine, une Emile et une "petite fille au bout du chemin" dans ma vie,

ce livre dans lequel il a fallu que je me replonge aux pires moments de la débauche de propos sexistes de la médiatisation de l'affaire DSK pour ne pas m'étouffer d'écoeurement et de rage muette,

ce livre que j'offrirai à chaque fois que j'en aurai l'occasion, surtout aux "petites filles au bout du chemins" et à celles et ceux qui veulent arrêter de "regarder tomber les oiseaux morts" ...,

il est donc grand temps que je vous fasse une présentation de "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce" !

 

Comme je ne trouve pas les mots pour parler des livres que j'aime, j'ai choisi  un article de Lili Galipette, paru sur son blog "Des Galipettes entre les lignes"et qui est assez proche de ma propre lecture du livre. Seuls points de désaccord, : Lili situe l'histoire dans un "monde légèrement futuriste où la mise en scène de ce qui aurait pu être après un certain scrutin ?", alors que moi je la situe dans notre propre monde, avec  quelques variantes fictives. Et Lili parle de "la plus sublime féminité" alors que ce que je trouve sublime serait plutôt de l'ordre du dépassement de la féminité, ce qui n'empêche pas la grâce qui elle n'est pas exclusivement féminine un peu comme chez Jean Genêt. Mais à part ça je trouve que Lili a fait un très bel article sur ce livre :-)

 

 

« Ceci est le journal de ta mort subite. » (p. 11) Emile, la meilleure amie, la presque sœur, de la narratrice s’effondre dans un café. Reliée à des machines, le corps à 33°, Emile est morte. Son cœur s’est arrêté. Une autre machine la ramène, le cœur d’Emile repart. « Quand j’ai commencé à prendre des notes, il me semblait que tant que je t’écrivais tu ne mourrais pas. » (p. 125) Pendant les quelques jours où Emile n’est pas, la narratrice écrit leur histoire, leur amitié fondée sur le viol, leur passion commune pour la danse classique. Et lentement, la narratrice dévoile ses peurs, raconte la danseuse qu’elle n’est plus, la victime qu’on refuse de défendre. Après tout, elle n’est qu’une « petite Roumaine pâle aux vêtements soigneusement choisis le matin pour « faire sérieuse », assise droite sur la chaine d’une institution du pays des droits de l’homme. » (p. 306)

Un soir, la narratrice rencontre la Petite Fille au Bout du Chemin. Qui est-elle, celle-là qui lit et relit une notice de médicaments, qui écrit et recopie des pages entières ? N’est-elle que la copie d’un vieux film ? Non, elle est un des oiseaux de la tempête qui s’annonce. La Petite Fille au Bout du Chemin donne un nom à la danseuse brisée qui devient Voltairine. Ensemble, elles s’engagent sur la voie du Non : non à l’injustice, non au silence complaisant. La Petite Fille lance des questions au monde comme autant de passerelles entre les êtres. Ses banderoles et ses tags sont des devoirs de mémoire et des appels à la contestation.

Le récit s’inscrit dans un paysage où flotte le spectre d’une Élection passée. Est-ce un monde légèrement futuriste ou la mise en scène de ce qui aurait pu être après un certain scrutin ? La répression, le racisme, les violences policières, tout cela nous est connu, mais on ressent un léger décalage, une terreur insidieuse se glisse en toute chose. L’Élection fait référence à une pratique démocratique, mais tout pointe un état policier, un glissement vers la dictature. « Depuis l’Élection, tu peux bien chercher, l’évasion cérébrale, même momentanée, est impossible ! Enfin, c’est plutôt qu’elle nous est vendue comme impensable et dépassée, oui, comme un truc d’un autre siècle de se bagarrer. » (p. 172) Maintenant, il faut rester dans le rang, agir normalement. « Normalement », ce sont les normes du régime bien entendu. La Petite Fille, incarnation lumineuse de la Justice, ne prône pas l’anarchie mais appelle à l’insurrection, seule façon de rester vivant. Toutefois, bien que fortes de leurs idéaux et d’un idéal de liberté, les Petites Filles au Bout du Chemin ne peuvent échapper à l’institution policière qui semble s’installer partout. Le moule aveugle du bien-pensant n’en finit pas  de vouloir se refermer sur elles. « N’être coupable de rien quand on est griffée de tout rend l’innocence bien pesante. » (p. 245)

La danseuse Sylvie Guillem (Mademoiselle Non) et l'anarchiste Voltairine de Cleyre traversent à l’envi les pages de ce merveilleux roman. Qu’incarnent-elles si ce n’est le mouvement ? Alors que la plus sublime féminité exsude des pages, on entend la voix de toutes les femmes qui ont dit Non, qui l’ont répété et qui, devant l’évidente mauvaise foi du monde, ont décidé qu’elles ne se tairaient plus, au risque d’y perdre toutes leurs plumes.

Au journal initial se mêle les écrits de la Petite Fille au Bout du Chemin. Puis le journal devient mémoire pour répondre à la question : quelle est mon erreur ? Refusant toutes les notices du monde moderne qui emprisonnent le mouvement et la liberté, le roman suit des enchaînements oniriques et invisibles, mais où tout fait sens. Comme dans un merveilleux ballet, chaque geste parfait repose sur une infinité de détentes et d’élans que l’on n’a pas vus. Lola Lafon mesure le rythme de ses phrases, voire de ses mots. Tout est respiration. Il ne s’agit pas de mesurer son souffle, non il faut l’expulser, s’en faire crever les côtes, tout donner dans la course folle et haleter dans l’émotion.

Il y a des textes qui happent dès la première page. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce est de ceux-là. La quatrième de couverture parle d’un « conte insurrectionnel ». Oui, mais pas seulement. C’est un hymne à la fille présente en chaque femme, c’est une ode à la révolte dans les sociétés grises. Et surtout, c’est un roman comme j’aimerais en lire davantage : impeccablement construit, tendu vers l’au-delà des mots, nourri de musique et de danse, porté par une écriture ciselée, pudique et incroyablement puissante.

 

Lili Galipette

26 mai 2011

 

 

Un autre bel article, avec une lecture différente, plus pessimiste :

"Lola Lafon, romancière des histoires douloureuses" de Peggy Sastre

A juste titre Peggy Sastre dit : " on se demande ce qu'on faisait, avant de l'avoir lu et ce qu'on va bien pouvoir faire, une fois le livre refermé"

 

 

Une interview de Lola Lafon, réalisée par Auteurs TV :

 

 

"Ecrire, c’est disparaître"
Lola évoque ce que l’écriture représentait pour elle, enfant. Elle ne supporte pas qu’on lui demande ce qu’elle fait et ne cherche pas une place à travers l’écriture même si elle se sent souvent entre plusieurs univers. Elle parle ensuite du jeu de la pseudo autofiction, de ses thèmes récurrents et du rapport très intense qu’elle garde avec ses personnages 

 

 

 

"Je suis toujours persuadée que je n’écrirai plus jamais rien"
Lola parle de l’incroyable prétention des auteurs, a le sentiment de progresser et du bienfait de la marche à pied. Elle évoque ses sympathies libertaires, ne répond pas aux invitations de François Fillon et finit sur les relations avec ses lecteurs, qui sont nombreux.

 

 

Et enfin, un extrait du précédent livre de Lola Lafon (que je vous recommande également), "De ça je me console", lu par l'auteure elle-même :

 

 

 

 

 

Voilà, ne manquez pas de venir la voir dimanche à l'Aubette à 19h, dans un concert-lecture exceptionnel avec tous les musiciens de son groupe et une danseuse !

 

Pour en savoir plus sur Lola Lafon :

Son site

Son blog , sur lequel on peut entre autre lire des extraits de son dernier livre

Son myspace où l'on peut écouter certaine de ses chansons

Son dernier album  « Une vie de voleuse »

Son dernier livre " Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce"

Son profil facebook

Contact : lolalafon@no-log.org

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Published by leZ Strasbourgeoises - dans Actu
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