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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 06:35


POLITIQUE LESBIENNE FEMINISTE
VUE PAR OCHY CURIEL



Même s'il m'arrive souvent de publier sur ce blog des informations queer ou LGBT , même si je considère que chacun de ces mouvements propose des choses intéressante et mène des luttes nécessaires, je n'y adhère pas sans réserves, chacun de ces mouvements ayant aussi ses limites et ses travers : entre autre ses majorités blanches et de classes moyenne, une tendance au spectacle et à la mondanité, l'occultation de certains rapports de pouvoir tels que le sexisme, le racisme, le classisme, le validisme etc... Evidement ce n'est pas systématique, mais un recul critique est parfois nécéssaire. Nombre de lesbiennes radicales critiquent le mouvement LGBTI, plus encore le mouvement queer, mais je n'avais pas jusqu'ici trouvé de texte qui ne soit emprunt de transphobie, ou d'une certaine forme d'essentialisme. Ochy Curiel, chanteuse et militante lesbienne féministe Afro-Dominicaine, propose ici une critique constructive ainsi que des pistes pour nos luttes lesbiennes-féministes.


Article et traduction du texte d'Ochy Curiel mis en ligne sur le site Têtes hautes et Regards Droits le 13/11/2009


Les femmes ne seront jamais queer !

 

Ci-dessous un texte d’Ochy Curiel, intitulé “Le mouvement féministe lesbien a besoin de redevenir radical” publié sur le site de la L-week de Bruxelles.

Les femmes et les lesbiennes doivent occuper les espaces qui leur reviennent, et faire reculer l’invasion du queer libéral qui tuent nos luttes et notre non-mixité. 

Ochy Curiel est une auteure chanteuse afro-dominicaine. Elle appartient à plusieurs mouvements qui conçoivent l’art comme instrument politique de transformation. Elle collabore avec des mouvements populaires qui œuvrent dans les quartiers ouvriers de Saint-Domingue. Pendant les années quatre-vingt dix, elle devint membre puis dirigeante d’Identity (Maison pour l’identité des femmes afro), une association féministe qui s’occupe de questions relatives au sexisme et au racisme. Ses articles ont été publiés dans des revues telles que Nouvelles questions féministes, à Paris, ALAI, en Équateur, la revue de la faculté latino-américaine de Sciences sociales de l’université de Rio de Janeiro et dans plusieurs magazines féministes en ligne du mouvement antiraciste.

Têtes hautes et Regards Droits

 


“Je suis une militante féministe lesbienne parce que c’est bien le féminisme qui me donne la vision politique de mon lesbianisme. Mon lesbianisme est politiquement féministe parce qu’il n’est pas seulement sexuel mais, comme le dit Adrienne Rich, un continuum lesbien : un acte politique continuel qui cherche à créer un monde de et entre femmes. Le féminisme me donne les outils pour intervenir politiquement en tant que lesbienne. C’est à partir de cette position de féministe lesbienne que j’interviens dans les mouvements lesbiens et dans ceux des femmes afrolatino-américaines et afrocaribéennes. (….)

L’hétérosexualité, en tant que norme patriarcale soutenue par le cadre juridique, religieux et économique a eu pour conséquences l’exploitation et la subordination des femmes. Cela le féminisme l’a démontré dans ses différents courants. 

Être lesbienne remet et a remis en cause cette norme – autant la pratique sexuelle que la pratique politique. Car cela suppose une indépendance des femmes dans plusieurs dimensions, en questionnant la sexualité légitimée (hétérosexuelle), en rejetant la dépendance économique (par rapport aux hommes) dans la famille nucléaire et dans le mariage, et en sortant de ces logiques.

Être lesbienne est un acte subversif en soi, mais cela ne suffit pas. Le problème que nous avons à présent est que le lesbianisme ou le féminisme radical que nous avons connus en d’autres temps ont été mis sous le contrôle des États. Les politiques d’égalité, auxquelles nombre de féministes (hétéros comme lesbiennes) ont adhéré, ont permis d’établir le discours de “plus de femmes aux postes de pouvoir”, mais cela n’a pas changé la logique. Au contraire, elles sont montées dans le train, quelques-unes vont jusqu’à le conduire, mais le train continue de suivre les rails de toujours, dans la même direction sexiste, raciste et classiste.

À présent, c’est le tour des politiques de genre, de l’équité entre hommes et femmes; et pour cela des fonds importants sont disponibles, ainsi que beaucoup de prestige et de privilèges pour celles qui les sauvegardent. Cela n’a rien changé à la situation des femmes ni n’a renforcé le mouvement lesbien féministe. (…)

Il me semble que les rencontres sont importantes parce qu’elles permettent de prendre le pouls de la manière dont la pensée féministe et la pensée lesbienne féministe se sont développées. Nous rencontrer, nous voir et échanger des énergies peut être enrichissant. Mais cela n’acquière une dimension politique que dans la mesure où cet espace permet un débat, une réflexion et des définitions stratégiques. Voilà l’importance d’une rencontre dans laquelle on investit autant d’énergies et de ressources. (…)

J’espère que la rencontre aura assez de maturité politique pour approfondir notre mouvement, en indiquant des stratégies collectives dans lesquelles nous puissions nous reconnaître. (…) Je suis inquiète de voir s’établir une vision féministe lesbienne hégémonique : celle qui soutient des propositions telles que de nous incorporer au mouvement que l’on nomme aujourd’hui LGBT (lesbien, gay, bisexuel et transgenre). C’est ainsi que l’on affaiblit de plus en plus les espaces lesbiens autonomes. Il s’agit là d’une position essentialiste qui agite le drapeau de la fierté lesbienne sans tenir compte de la complexité qu’elle implique, et va jusqu’à l’extraire de sa réalité socioculturelle. 

Je suis inquiète que cet espace soit encore une fois envahi par les discours et les demandes légitimés par le système, comme le mariage ou la maternité lesbienne, sans remise en question des instruments de l’oppression patriarcale. Sans analyse des mécanismes culturels utilisés par le pouvoir pour se justifier, et sans réflexion sur ce que ces instruments signifient pour les femmes en général et pour les lesbiennes en particulier. (…) 

Il est urgent d’explorer ce que pourrait être, dans ce contexte patriarcal néolibéral, notre rôle et notre perspective politique en tant que lesbiennes féministes.

Il est urgent de visualiser un féminisme lesbien qui ne se réduirait pas à la seule demande de quelques droits ni à la seule situation des lesbiennes, mais bien à notre responsabilité, notre volonté et notre créativité pour que le féminisme soit le pari pour la réelle transformation du monde.

Il est urgent d’adopter une position plus radicale et de générer de nouvelles pratiques politiques qui en dérivent. Ne pas seulement continuer à se concentrer sur la diversité sexuelle, sur la visibilité, l’identité et la fierté lesbienne, lesquelles – bien que ce soient des stratégies – sont les plus pauvres lorsque sont nécessaires des changements de fond, des paris pour la transformation du monde.

Si notre proposition reste limitée à la question de l’identité, nous ne remettons pas en cause le système raciste hétérosexuel. En tant que mouvement, nous devons aller vers la destruction de ce système et de ses articulations. La politique de l’identité est un mal nécessaire qui te permet de te reconnaître pour approcher d’autres femmes, semblables et non pareilles. Évidemment, une femme noire, comme moi, possède des éléments qui coïncident avec les miens parce que le racisme nous touche de la même manière. C’est ainsi que nous nous organisons de la même façon avec les lesbiennes, tout en sachant qu’il s’agit là d’une stratégie provisoire et non du but en soi. Je peux me sentir fièrement lesbienne ou bien fièrement noire, mais ceci ne met pas nécessairement en question l’hétérosexualité en tant que norme ou le racisme en tant que structure. (…)"

Ochy Curiel

 

 

Texte préparé pour la Sixième Rencontre féministe lesbienne latino-américaine (EFLAC) qui s’est tenue en 2004 au Mexique. Le texte intégral est disponible en espagnol sur le site de Rebelión

Rebelión est un moyen alternatif d’information qui publie des nouvelles que les moyens de communication traditionnels ne considèrent pas comme importantes. Il essaie également de traiter ces informations différemment et à partir d’une perspective féministe.

Traduction Patrizia Tancredi
Relecture Christine Bouchara

La version anglaise de cette interview est disponible dans la publication d’ILGA “Lesbian Movements: Ruptures & Alliances“ page 27.

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Published by radiocancan - dans Actu
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