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Samedi 31 mars 6 31 /03 /Mars 14:32

VOYAGE EN TURQUIE POLITIQUE

 

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Rencontre avec Pinar Selek :

Mouvements féministes et LGBTT en Turquie

Özgür Leons et Chlo Gond

 

 

En cette froide soirée de janvier, c’est environ soixante-dix à quatre-vingts personnes qui ont trouvé de la chaleur à la Station, le centre LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans et Intersexes) de Strasbourg. On ajoute des chaises, on se rencontre, on se serre, puis, dans une atmosphère détendue mais attentive, on suit la pensée de Pinar Selek. Jusqu’à s’y plonger complètement, les échanges avec la salle et dans la salle ayant toute leur place : quoi de mieux pour avancer ensemble que de discuter ?

 

Car si Pinar est sociologue et universitaire, c’est avant tout une personne de terrain : militante et chercheuse, mais sur le pavé ! Ainsi en est-il de ses recherches sur les minorités d’Istanbul : les enfants des rues et les Trans travailleuses du sexe, qu’elle invite dans « L’Atelier des artistes de rues ». Ainsi en est-il également des recherches qu’elle mène auprès des militant.e.s Kurdes, ou encore, de son implication dans la création de l’association féministe Amargi.

Ce sont ses recherches qui ont dressé les gouvernements successifs turcs contre Pinar Selek. Elle fut accusée – malgré toutes les incohérences du scénario, les contre-expertises scientifiques et les multiples acquittements – d’être une terroriste et d’avoir posé une bombe meurtrière en 1998 dans un marché très fréquenté d’Istanbul.

Aujourd’hui, alors même que cette persécution continue (avec la menace d’une condamnation à la prison à vie), Pinar avance, continuant de travailler sur les mouvements féministes et LGBTT en Turquie.

 

Elle nous conte, ce soir-là, une partie de cette histoire. Et les différents points de réflexion soulevés nous invitent à découvrir la Turquie politique, mais aussi à opérer un retour sur nous-même et à nous questionner sur les mobilisations en France.

 

En Turquie, les féministes issues de différents groupes ethniques ont perçu, dès le XIXème siècle, l’intérêt de travailler ensemble pour lutter contre le système patriarcal. Cet héritage perdure aujourd’hui dans les luttes menées par les minorités.


Cette lecture historique proposée par Pinar Selek nous permet de mesurer les liens d’interdépendance structurelle entre le mouvement féministe et le mouvement LGBTT et de les comparer à nos modèles d’organisation associatifs, qui sont, eux, beaucoup plus cloisonnés. Par ailleurs, Pinar nous présente ce curieux paradoxe qui touche la France depuis deux décennies et se fait de plus en plus visible en Turquie : malgré une reconnaissance accrue des discours et revendications féministes, l’institutionnalisation de certaines associations sert aussi le dessein de l’idéologie qu’elle combat. En effet, à l’instar du capitalisme digérant sa propre critique, le patriarcat semble également capable de récupérer à son compte les mouvements féministes.

C’est cette adaptabilité du patriarcat qui oblige les mouvements militants à toujours se réinventer, dans une démarche de remise en question et d’échanges.

 

Et l’échange fructueux, c’est tout d’abord celui entre la rue et l’Université. Le féminisme est un pont entre différents univers qui souvent ne communiquent pas. Des chercheur.e.s participent aux publications militantes, les militants associatifs organisent des séminaires… En bref, la pensée se nourrit de l’expérience. Et l’inverse est tout aussi juste !

Cette émulation intellectuelle impulse une dynamique et pousse le féminisme à toujours déconstruire plus finement les systèmes d’oppression et à penser de nouvelles manières d’être au monde. Etre toujours créatifs, non pas pour viser l’égalité, mais pour dépasser le système. C’est ainsi que les réflexions antimilitaristes et féministes se croisent pour mieux comprendre comment nationalisme et patriarcat sont nécessaires l’un à l’autre.

Une pensée toujours en mouvement amène les différentes minorités turques à travailler ensemble, à croiser leurs expériences et leurs grilles d’analyse pour construire une critique constructive de leurs propres actions et réflexions. Les groupes se reconfigurent, s’interrogent sur eux-mêmes, entendent et travaillent les critiques que d’autres peuvent leur faire pour repenser leur propre légitimité et leurs postures militantes. Ainsi, les retours d’associations LGBTT ont poussé des groupes féministes à s’interroger sur la reproduction de l’homophobie et de la transphobie au sein de leurs associations. Tout comme les féministes ont pointé du doigt les mécanismes sexistes à l’intérieur de ces mêmes groupes. Ces allers et retours et ces échanges facilitent la compréhension de la complexité de la société et rend sa critique plus incisive.

Entre associations turques, ou au sein d’un même groupe, lorsqu’il y a désaccord, on se met autour de la table et on n’en bouge plus : on discute, on analyse et on propose jusqu’à trouver de nouvelles perspectives qui enrichissent tout le monde. Exemple en direct lors de cette conférence :

 

En effet, loin d’un cadre universitaire froid et clinique, l’usage de la discussion chez Pinar Selek revêt un caractère tant intime que politique, toujours singulier. Il faut l’entendre raconter avec humour et chaleur les dissensions au sein des mouvements turcs ou encore commenter avec bienveillance les questions polémiques de ses auditeurs pour découvrir un usage de la parole généreux, résolument en dialogue. En un mot, Humaniste.

Cette éthique de la discussion, Pinar la doit sans doute à cette tradition de respect et d’écoute que partagent tous les mouvements de lutte en Turquie, alors même que les divergences sont pourtant bien réelles. Renvoyant dos à dos le principe de hiérarchisation des luttes et la perspective d’un consensus mou, les militant.e.s turques nous rappellent la fécondité du débat conflictuel pour penser les articulations entre les relations de pouvoir et éviter l’écueil du dogmatisme. En somme, garantir la possibilité d’une pensée libre et toujours en mouvement.

 

 

Loin des clichés sur un pays souvent méconnu en France, Pinar Selek nous invite le temps d’un échange drôle, impertinent, grave et touchant à découvrir sa Turquie. Une Turquie passionnée et militante où la parole politique est et reste une langue vivante.

 

Au final, inviter Pinar Selek, c’est permettre, au-delà de la réflexivité,  un ré-enchantement des moyens de l’action militante, trop souvent plombée, chez nous, par l’austérité du discours.

 

Özgür Leons et Chlo Gond

 

Cette rencontre a été programmée à Strasbourg au centre LGBTI Alsace le 27 janvier 2012 et à Lyon à la librairie Terre des Livres le 21 avril 2012 à l'initiative des komites Pinar Selek Strasbourg, Rhône-Alpe et national, en partenariat avec La Station centre LGBTI Alsace (Strasbourg), La Lune (Strasbourg), Terre des livres (Lyon), Frisse (Lyon), Collectif Lesbien Lyonnais (Lyon).

 

Une table ronde est prévue à Strasbourg le mercredi 18 avril 2012 à 19h30 à la Maison des Syndicats, 1 rue Sédillot : " L'affaire Pinar Selek et les problèmes de la justice en Turquie ". En présence de Pınar Selek, avec des juristes, militant-e-s et intellectuel-le-s Turques et internationaux. Organisé par l' ASTU, RACORT, ACORT et ATTM. Contact : astu@astu.fr 

 

Une audience à eue lieu le 07 Mars 2012 : La prison à vie est de nouveau requise contre Pinar Selek. Le procès est reporté au 1er Août 2012

 

 

 

Contact komite Pinar Selek Strasbourg :

komitepinarstrasbourg@gmail.com

Par leZ Strasbourgeoises
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