LGBTI, RAPPORTS DE CLASSES SOCIALES ET
RACISME...
Je vous fait part ici des témoignages d'une amie de Mulhouse.. L'identité de
cette amie et des protagonistes restera anonyme, l'important n'étant pas de savoir de qui il s'agit, mais de quoi il s'agit. Cette amie souhaite que ses témoignages prêtent à réflexion, notament
que les milieux LGBTI se remettent en question pour ce qui concerne les rapports de classe sociale. Si vous souhaitez toutefois lui apporter un message de soutien, vous pouvez lui écrire via le
formulaire de contact.
M a subi une agression homo-trans-phobe à son appartement dans un quartier
populaire de Mulhouse le 24 Février 2009. C'est la troisième fois qu'elle subit une agression en moins d'un an, la quatrième en l'espace de 4 ans, dont 2 fois cette année dans son quartier. Son
témoignage soulève plusieurs questions, notament le fait d'être confrontéE à des discriminations multiples, liées à l'orientation sexuelle, l'identité de genre, la classe sociale et les
origines.
M, né garçon, chemine actuellement vers une identité féminine; elle est donc
trans' M to F (male to female, homme vers femme) en début de transition; elle est plutôt connue comme garçon gay, mais elle apparaît tantôt comme gay tantôt comme transgirl. Actuellement, dans
son quartier, étant donné les agressions qu'elle a subi et les risques qu'elle court, M essaie d'être la moins visible possible que ce soit comme gay ou comme trans'. M est ouvrière au chômage et
n'a donc pas les moyens d'habiter hors d'un quartier populaire. Son niveau de vie ne lui permet pas non plus de sortir souvent dans les lieux communautaires LGBTI, en général des bars et des
soirées très coûteuses quand on a très peu de revenus. Elle est également visible comme personne « non-blanche » donc, cible de racisme. Le racisme, elle ne le subit pas dans son
quartier, mais plutôt lorsqu'elle cherche du travail. Hors de son quartier, elle est visible comme queer (les queers subvertissent les normes de genre et d'orientation sexuelle). Son identité
politique s'inscrit dans ce que le mouvement queer a été à son origine aux Etats Unis, des gays, des lesbiennes et des trans', prolétaires et de couleur.
De par ses convictions politiques, M fréquente à la fois les milieux queers,
LGBTI, libertaires et alternatifs. Mais du fait qu'elle est tout à la fois prolétaire, « non-blanche », gay et trans', elle est également confrontée à des discriminations dans ces
milieux militants. Elle a subi deux agressions dans ces milieux, l'une dans un bar LGBTI à Mulhouse, l'autre dans une soirée libertaire anti-fasciste à Strasbourg. Dans les deux cas elle a
d'abord été prise à partie et humiliée sur son appartenance de classe, dans un cas sur son look dans l'autre sur ses faibles moyens financiers. Et dans les deux cas elle a été confrontées à des
personnes qui se sont avérées homophobes et l'ont menacée et insultée. En outre dans ces milieux M se heurte très fréquement à l'incompréhension des autres militantEs. La majorité des militanTEs
étant issue des classes moyenne blanches. Aussi, quand M a parlé à des amiEs militantEs queer et LGBTI de son agression à son domicile, ceux/celles-ci lui ont suggéré de déménager, sans avoir
conscience que cela ne faisait que déplacer le problème, puisque M n'a pas les moyens de loger ailleurs que dans un quartier populaire, où les associations et militantEs LGBTI, queer, libertaires
et autres ne vont pas, et où la transphobie et l'homophobie ne rencontrent aucune résistance. Dans ses témoignages, M laisse éclater sa colère après avoir relaté les agressions qu'elle a subi, et
c'est véritablement une question politique qu'elle soulève.
Récit de M concernant son agression du 24/02/2009 à son appartement dans un
quartier populaire de Mulhouse :
« Récit perso aujourd'hui 24 FEVRIER : Mes voisins homophobes ont lancé des
projectiles à ma fenêtre, insultée de sale pédé, puis ont tenté de s'introduire chez moi. Heureusement que c'est fermé à cléf. »
« Je n'ai pas vu qui, mais ça venait de la fenêtre au dessus de chez moi,
quelqu'un qui lançait des projectiles à ma fenêtre, quand j'ai mis mon nez à la fenêtre pour voir ce qui se passe, j'ai entendu des ricanements au-dessus. J'ai demandé qui est-ce qui jette des
projectiles à ma fenêtre, une voix dit : il est à la fenêtre le hataî (pédé en arabe). J'ai demandé qui est le hataî dont il parle ? (une voix de mec probablement le fils des voisins qui à éclaté
ma voiture le 6 aout dernier). Pas de réponse, je lui demande, s'il a envie d'expliquer aux flics qui c'est le hataï ? Je ferme la fenêtre. Quelques minutes plus tard, quelqu'un essaye d'ouvrir
la porte de chez moi. Les faits se sont déroulés entre 15H10 et 15H45 environ. Vers 15H40, j'ai téléphoné aux flics, pour leur signaler que quelqu'un essaye de renter chez
moi.
J'ai déposé plainte le 26 fevrier contre X pour propos
homophobes »
« Mon quartier n'est pas constitué de grande tours, genre zup; ce sont de
vieilles maisons ouvrières acollées les unes aux autres datant probablement du 19eme siècle, ou début 20eme, avec trois ou quatres appartements. Je suis au premier étage, en dessous le rez-
de-chaussée. »
« C'est la deuxièmes attaque trans/homophobe, violente que je subis dans le
quartier ou je vis en moins d'une année, c'est la troisième si je compte celle que j'ai subis lors d'un concert antifa à Strasbourg. » (En fait 4 si on compte l'agression dans un bar
LGBT à Mulhouse)
« Suis dans un hlm, suis ouvrière au chômage, quand je pousse des coups de
gueules sur les discriminations que je subis, on me répond comme un coup de claque et son revers par : " mais déménage ma pauvre chérie !"
Même chez les militantEs. Mais ouai ! C'est tellement simple... surtout quand on
ne peut pas se payer autre chose qu'un hlm, tout en étant visible et militantE. C'est juste déplacer le problème avec soi. A croire que les pétasses militantes sont toutes des bourgeoisEs, ultra
qualifiéEs. »
« Je pense qu'ils/elles ne se rendent pas compte. Ce qu'est être visible
queer, dans un quartier très pauvre. Déménager ailleurs c'est déplacer les problèmes avec soi. Quand on est précaire on ne peut se payer que des appartements précaire, faits pour des précaires.
Bien les laisser entre eux, isloséEs et surtout ne pas s'en préoccuper. Par exemple : dans un immeuble à côté de chez moi on a entassé des personnes fragiles dans leurs têtes, elles vivent
seules, et n'ont pas vraiment d'accompagnement psychologique »
« Je suis encore plus dégoutée que j'ai appris hier le thème de l'europride
2009 à ZURICH : "Les victoires sont nombreuses - plus nombreux encore sont les défis à relever " *, j'en ai les tripes retournées, les victoires de quoi ? De qui ? Ils nous ont déjà fait le coup
« du sport » l'année dernière à quelques jours de la coupe d'Europe de foot. Je suis restée, mais je me suis tellement fait chier, que j'ai fini par me souler la tronche et à aider les éboueurs à
ramasser la merde que les manifestantEs ont jeté. Visible je serai et je vais continuer à foutre la honte aux bourgeoisEs. »
« La conscience politique et la visibilité des précaires elle est ou là
? »
« J'ai plutôt une idée à proposer à tous les groupe ITLBG** : Pourquoi ne
pas organiser les marches de visibilité, avec passage, dans, des quartiers populaires, ou dans les petits villages, Plutôt que dans les centres villes "où les gens n'en ont rien à faire"
??? »
* M
précise que le thème de l'Europride 2009 n'est finalement pas encore confirmé; elle tient surtout à dénoncer la récupération commerciale des prides.
**ITLBG = Intersexes, Trans', Lesbiennes, BiEs,
Gays
Récit de M du 19/02/2009 concernant l'agression qu'elle a subi dans un bar
LGBTI de Mulhouse en 2005. Ce récit a été adressé à une association LGBTI de Mulhouse.
« Un jour en allant dans ce bar, je me retrouve face à des mecs qui
disaient, « viens on va voir les pédés pour voir si on connait quelqu'un ». Les insultes n'ont cessé à mon oreille que quand j'ai quitté l'établissement.
Une autre fois, dans le même bar, je rentre et m'installe au bar. Un homme d'une
quarantaine d'années m'ordonne d'enlever ma casquette. Je fus choquéE par cette attitude autoritariste, et le ton avec lequel il me parle. Ne voulant pas faire d'esclandre, et juste boire un
verre, j'enleve ma casquette avec amertume. et là, le visage de cette personne se déforme a la vue de l'iroquois* dressée sur mon crâne. Je m'apperçois quelques minutes plus tard que d'autres
personnes portent librement un couvre chef et nul ne s'en souciait. Je decide donc de remettre ma casquette et cette personne revient me voir pour me dire que comme nous sommes le 1er janvier il
est exigé une tenue correcte, et que je dois enlever ma casquette. Je lui reponds que rien ni personne ne le précise à l'entrée. Je lui precise également que d'autres personnes portent une
casquette dans le bar. Il me demande de lui indiquer qui était ce ? Je lui reponds que je suis un client qui vient se payer un verre, et non pas pour faire le travail a sa place. Il me prend par
le bras et me dis qu'on va s'expliquer dehors. Je lui dis que pour avoir une explication hors des murs de l'établissement, il pouvait me lacher le bras. ArrivéEs à l'exterieur il me redit que si
je veux rentrer je dois faire des efforts sur ma tenue vestimentaire et que ce n'est pas parce que rien est indiqué a l'entrée que ce n'est pas dans les moeurs de cet établissement au vu du nom
de celui-ci. Je lui reponds que c'est un bar repertorié dans la presse specialisée pour acceullir des clients lgbti sans preciser à quelles classes sociales ils appartiennent, et que j'en suis;
que ce n'était pas la première fois que je venais boire un verre ici, et que nulle personne ne m'a jamais rien dit à par lui (que je n'avais jamais vu les fois précédentes), et que personne ne
m'a fait la moindre remarque, et aussi que personne, sauf lui, ne m'avait parlé ni traitéE de cette facon. Je lui ai demandé si c'était à cause du nom du bar qu'il se permettait de traiter les
gens de la sorte ? Il me répond par « ferme ta gueule et dégage ! ». Je lui reponds de fermer sa gueule lui (en arabe). Il me repond egalement en arabe d'aller me faire enculer
ailleurs. Je lui reponds en m'éloignant qu'en fait ce bar ne veut que l'argent des homos, que j'irai m'en plaindre dans la presse specialisée qui reférence les
établissements. »
* iroquois = grande crête de cheveux dressée sur la
tête.
Récit de M concernant l'agression dans un concert anti-fasciste en milieu
libertaire à Strasbourg fin 2008. A préciser que M est venue à ce concert avec deux amiEs, une femme connue dans le milieu pour être féministe, et un homme connu dans le milieu pour être
bisexuel. Au cours de cette même soirée l'amie de M a subi une agression sexiste et l'ami de M a subi une agression homophobe. M et ses amiEs ont été agresséEs séparément et n'ont pas pu se
solidariser.
« Le fameux soir de ce concert, X [un des organisateurs], m'a humiliéE,
parce que je n'avais pas assez d'argent pour me payer l'entrée. Au même moment il ne s'est pas opposé à laisser un skin agiter un couteau sous mes yeux avec le regard menaçant porté sur moi,
quand il m'a bloquéE à l'entrée, avant que celui-ci (le skin) ne lui remette le couteau, en lui demandant de lui garder, jusqu'à ce qu'il ressorte. Quand je suis sortiE fumer une cloppe, X m'as
empêchéE, avec l'aide d'un de ses compères, à franchir une des trois portes , en me disant que j'étais obligéE de passer par une autre porte. Sous prétexte que s'est une issue de secours*, il me
montre alors le panneau lumineux au dessus de la porte qui n'indique pas « issue de secours » mais sortie.[...]. »
Les faits cités ci-dessus sont de réels souvenir de cette soirée, pour le reste,
c'est moins sur. D'autant qu'après le coup de l'issue de secours, j'ai longuement échangé avec X (souvenir sur la longue conversation: un interrogatoire de police; il me demande pourquoi je viens
aux réunions de la coordination, et me reproche de ne rien y faire. Je lui réponds que plutôt que de jouer aux flic avec moi il ferai mieux de surveiller les skins qu'il a laissé rentrer, ainsi
que les fascistes rouges d'un syndicat de Mulhouse, dont un machiste que j'ai reconnu qui est l'ex d'une copine qu'il avait harcelée lors de leur séparation). Tout en refusant de lui faire face
(je lui tourne le dos et suis plantéE au milieu de la porte d'entrée), pour justement éviter, de rentrer dans son jeux des provocations. Je me rappelle lui avoir montré mon trou du cul, au bout
d'un moment. Plusieurs voix derrière mon dos, elles semblent menaçantes, « d'où il sort celui-là » ! On me demande de me retourner « qu'on puisse m'en foutre sur la gueule » JE REFUSE,
en écartant bien mes fesses, je leur proposais alors « de m'en foutre dans le cul ». Je n'ai pas vu qui c'était. J'entends des voix dire : c'est quoi ça ? Il est venu seul ? » J'entends prononcer
le nom d'une de mes amies. Je me souviens avoir versé des larmes sans me rappeler pourquoi. Les souvenirs me reviennent peu à peu avec le temps, mais pour le moment le reste est assez flou et
mélangé. »
*En réalité, dans cette salle, les issues de secours se trouvent à un tout
autre endroit.
D'aucunE seront peut-être choquéEs de la réaction provocatrice de M, mais il
faut comprendre sa colère et l'humiliation qu'elle a subi. On lui reproche de ne pas avoir de quoi payer son entrée, alors qu'à la caisse on l'a laisée rentrer gratuitement sans qu'elle ait eu
elle-même à le demander. On lui reproche de ne pas suffisamment s'investir dans des réunions à Strasbourg alors qu'elle habite Mulhouse et qu'elle ne peut pas se permettre de faire souvent le
déplacement et que cela se sait. On la menace avec un couteau, mais c'est elle qu'on bloque à l'entrée, et l'agresseur entre sans problèmes dans la soirée...
Voilà, 3 témoignages à méditer et beaucoup de pain sur la planche dans
« nos milieux militants » !