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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 02:37

DEUX LESBIENNES AGRESSEES A CHARLEVILLE MEZIERES !

 

agression-2-lesbiennes-a-Charleville-Mezieres.jpg

 

Samedi 15 Octobre, en plein centre de Charleville Mézière, sur une place bondée de monde, deux lesbiennes qui se promenaient en compagnie d'une dizaine d'ami-e-s et qui s'embrassaient, ont été insultées et tabassées par deux hommes. Après quelques seconde de stupéfaction, des amies du couples ainsi que quelques passant-e-s se sont porté-e-s à leur secours, mettant les agresseurs en fuite. Mais il est remarquable que la grande majorité des personnes présentes sur la place ne soient pas intervenues, laissant le temps au agresseurs de blesser les deux femmes qui souffrent de multiples contusions. D'après le journal l'Union, les deux agresseurs se seraient spontanément présentés à la police (?) et on donc été identifiés.  Ils ont comparu jeudi 20 octobre, devant le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières, rapporte l’AFP. Ils ont été condamnés l’un à deux ans de prison dont un ferme, l’autre à un an de prison dont cinq mois ferme. La dépêche de l'AFP ne dit pas si le tribunal a reconnu le caractère homophobe de l'agression. Trois associations de Reims, Exaequo, Homozygote et Egayons-nous, ont organisé un kiss-in samedi 22 octobre, sur les lieux de l'agression, en soutien aux deux femmes. Le centre LGBTI Alsace a publié un communiqué et à l'issue de la marche d'ouverture du centre samedi 22 octobre, a demandé aux manifestant-e-s de crier en soutien aux deux lesbiennes et pour qu'elles retrouve le goût de vivre et de s'embrasser.

La Maire de la ville, Claudine Ledoux a fait une déclaration, assurant les victimes et leur proches de sa solidarité. Au-delà des déclaration quels engagements compte prendre Claudine Ledoux en matière de prévention contre l'homophobie et le sexisme ? Parce que c'est bien la spécificité de la lesbosphobie de conjuguer sexisme et homophobie et d'exercer des représailles sur des femmes parce qu'elles sont sexuellement et affectivement indisponibles pour les hommes. Quels engagements fermes, au niveau de l'état s'il gagne les éléctions présidentielles, par la voix de ses députés au Sénat et à l'Assemblée nationale s'il perd les éléction présidentielles, compte prendre le parti auquel appartient Claudine Ledoux en matière de lutte contre les violences sexistes, homophobes et transphobes ? En matière de lutte contre la discrimination sexiste, homophobe et transphobe ?  En matière de prévention contre le sexisme, l'homophobie et la transphobie ? En matière de garantie de pleine égalité des droits pour les femmes, les personnes LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bisexuel-le-s, trans' et intersexué.e.s)  et toutes les minorités discriminées ? Parce que l'inégalité en droit des personnes discriminées légitime les violences...

 

Sources et pour plus d'infos :

 

Têtu 18/10/2011 : Deux lesbiennes tabassées en pleine rue à Charleville-Mézières

Yagg 20/10/2011 : Charleville-Mézières: un kiss-in en soutien au couple de lesbiennes agressé

Yagg 21/10/2011 : Charleville-Mézières: Prison ferme pour les agresseurs lesbophobes

Communiqué de La Station, Centre LGBTI Strasbourg Alsace du 20/10/2011

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 23:40

 

3 FEMMES ROMS ARRÊTEES, SEPAREES DE LEURS ENFANTS ET INCULPEES POUR AVOIR MENDIE

 

" LEUR LIBERTE EST LA NOTRE, NOTRE LIBERTE EST LA LEUR"

Lutheuses de Rrue, femmes du collectif la Baraka et d'autres campements Rroms

 

Lutheuses-de-Rrue.jpg

 

Le 17 Octobre 2011, date du cinquantième anniversaire des massacres d'Algériens d'Octobre 1961 et Journée Mondiale de la Misère, a eu lieu le procès de 3 femmes Rroms, arrêtées début septembre, séparées de leurs enfants. et inculpées parce qu'elles mendiaient. Un rassemblement de soutien à l'appel notament des Lutheuses de Rrue et de femmes du collectif La Baraka et d'autres campements Rroms, a eu lieu devant le tribunal de Bobigny. L'une des 3 femmes a été relaxée, pour les deux autres le verdict a été renvoyé au 7 Novembre 2011. Les avocats font valoir que la  loi adoptée le 18 mars 2003, considérant que " le fait de maintenir un enfant de moins de 6 ans sur la voie publique (...) dans le but de solliciter la générosité des passants" constitue un délit de "privation de soins", passible de 7 ans de prison et 100.000 euros d'amende" est anti-constutionnelle.  Elle n'était d'ailleurs quasiment plus appliquée depuis 2004, et a redonné lieu recemment à des vagues d'arrestations, suite aux allégation de  Claude Guéant sur la déliquance des Rroms.  Aussi les avocats envisagent-ils un processus de remise en cause de cette loi, avec la saisie, si nécessaire, de la Cour de Cassation, du Conseil Constitutionnel et de La Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Le communiqué ci-dessous relate les conditions d'arrestation de deux de ces femmes. Cette affaire met en lumière la manière dont les politiques de répression des migrant-e-s portent atteinte aux droits des femmes et aux droits des enfants.

 

 Communiqué des Lutheuses de Rrue, des femmes du collectif la Baraka et d'autres campements Rroms, mis en ligne le 23/09/2011 sur le site "Prises de pensée... Eprises de liberté... Lutheuses de Rrue et d'autres..."

 

LEUR LIBERTE EST LA NOTRE,

NOTRE LIBERTE EST LA LEUR

 

Le 6 septembre 2011, deux femmes, Maria et Genovita, sont interpellées alors qu'elles font la manche en Seine-Saint-Denis. Elles vivent sur un campement du 93 et sont Rroms  Roumaines. Elles sont avec plusieurs de leurs enfants, un garçon de 7 ans et un bébé au sein, un autre de moins de 2 ans. La police les met en garde à vue, leur enlève leurs enfants sans  même les renseigner sur le lieu de ce placement autoritaire. Elles ne les reverront pas pendant 8 jours. Convoquées au tribunal le 15 septembre elles retrouvent enfin leurs enfants. L’ASE et les  travailleurs sociaux qui n'étaient pas d'accord avec ce placement, et remarquent le trauma causé aux femmes, au bébé sevré de force, aux personnes privées de parole.

 

La police leur arrache leurs enfants sans aucune prise en compte du traumatisme grave que cela représente pour elles, pour eux,  alors qu’elles sont contraintes à mendier, faute de papiers,  faute de logement faute de travail, faute d’accueil.

 

Le 17 octobre (qui est aussi la journée mondiale contre la pauvreté et la misère) un jugement sera rendu, elles sont poursuivies pour "défaut de soins" du fait de mendicité. Elles risquent sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende. La loi du 18 mars 2003 «pour la sécurité intérieure», de Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, considère comme un délit de privation de soins «le fait de maintenir un enfant de moins de six ans sur la voie publique ou dans un espace affecté au transport collectif de voyageurs, dans le but de solliciter la générosité des passants».

 

On menace de les enfermer, de les arracher à leurs enfants, parce qu’elles ont mendié en les gardant avec elles mais dans les campements elles sont seules pour s’occuper des enfants, faire la cuisine et le ménage, rendre possible la vie. Elles n’ont accès ni aux crèches ni aux garderies.

 

En octobre 2005, dans un cas similaire, les juges ont estimé que la «privation de soins» n'était pas prouvée, le lien entre mendicité et maltraitance ne tient pas, ils démontent ce texte et cette décision fait jurisprudence. Il y a non-lieu, femmes et enfants sortent libres.

Pourtant défendues par Me H. Braun, l'avocat qui avait gagné ce procès, Maria et  Genovita craignent celui du 17 octobre.

 

Elles et beaucoup d'autres femmes migrantes ont légitimement de quoi se méfier puisque les exactions de la police, aiguillées par les hommes d'état et leurs pressions raciste et sur une justice française qui a du mal à préserver l'état de droit, se font chaque jour plus odieuses en France.

 

Quel but ont  ces manœuvres politico-policières sinon de les priver des droits humains les plus élémentaires ? Premier pas dans la liquidation programmée en Europe de la population Rrom.

En France cette liquidation prend actuellement la forme d’un racisme et d’une xénophobie d’état, des médias, chacun construisant une image destinée à empêcher, à criminaliser toute solidarité avec ce peuple.

 

Nous, Lutheuses de Rrue, et femmes du collectif la Baraka ou maison des Rroms, serons avec nos amours, nos  amies, nos filles, nos camarades Rroms pour manifester notre lutte et notre soutien aux deux femmes qui risquent la prison, la séparation de leurs enfants. Elles sont ainsi traitées du fait de leur appartenance à un peuple dont les états européens aimeraient pouvoir se débarrasser. Condamnées à une double peine : celle que peut  prononcer la justice, celle qu’elles purgent tous les jours  du fait de la domination des systèmes qui trient l'humain, des systèmes politiques et financiers, des maffieux, du patriarcat.

 

Leur liberté est la Nôtre, Notre liberté est la Leur


 Les Lutheuses de Rrue  et d'autres, Des femmes du collectif la Baraka et d'autres campements Rroms

 

 

Dans leur communiqué du 20 Octobre, mis en ligne sur le site "Prises de Pensées... Eprises de liberté", les Lutheuses de Rrue relatent le procès du 17 octobre :

"Le procès des mendiantes est le procès de la société française" Les Lutheuses de Rrue

 

Le site Radio Graphie propose des informations complémentaires ainsi qu'une émission de radio au sujet de cette affaire :

"Des lois anti-Rroms : La police enlève des enfants Rroms à leurs parents qui font la manche" Radio Graphie

 

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 19:48

( A propos de travail du sexe...)


" JE PLAIDE POUR... UN PEU DE REALISME "

par Claudette Plumey


Présidente de ProCoRe (Prostitution-Collectif-Réflexion)

 

only rights can fight the wrong

 

Texte publié sur le site du STRASS (Syndicat du travail sexuel)

 

Je plaide pour… un peu de réalisme

 

Évoquer le travail du sexe dans ses multiples réalités sans la réduire, comme on le fait trop souvent, à un seul de ses aspects, c’est refuser de vouloir faire une synthèse mirobolante ou misérabiliste de ses facettes contradictoires.
Parler du travail du sexe est difficile, car le dire, parce qu’on l’exerce, c’est immanquablement évoquer sa propre intimité, alors que le discours sur le travail du sexe tente souvent de l’aborder en faisant parler un imaginaire et des représentations de ce qu’il y a de plus sordide, de plus lointain du quotidien de tout un chacun, de plus aliéné, de plus extravagant.
Je me contenterai donc dans ce texte de donner quelques flashes sur ce qu’est pour moi le travail du sexe, sans effacer, sous un discours lisse, ses contradictions et en désignant par petites touches comment, avec une certaine délicatesse, on pourrait la considérer.


Le travail du sexe c’est…une paire de seins dévoilés, une minijupe, des hauts talons…nos entrecuisses…qui peuvent émouvoir les hommes. Travailleuses du sexe, nous sommes détentrices d’un pouvoir sur les hommes. Se prostituer c’est par exemple, entrer dans un bar, se faire offrir un verre, se faire courtiser…se sentir une personne dans le regard d’un homme que ce soit pour un moment fugace ou dans une certaine régularité.


Mais entrer dans le travail du sexe n’est pas qu’affaire de pouvoir et de séduction…c’est aussi le lot de beaucoup de femmes qui y viennent à cause de la pauvreté; c’est donc bien la pauvreté qu’il faut abolir, car rien ne sert de nier que si elles en avaient le choix, beaucoup de femmes n’entreraient pas dans le travail du sexe.


Choix contraint ? Oui…parfois…Je ne dirais pas aux filles-ni aux garçons du reste d’entrer dans le travail du sexe. Mais si ces personnes décident d’entrer dans le travail du sexe, pour éviter l’assistance, pour ne pas se faire marginaliser davantage, si elles font le choix de gagner ainsi leur vie, reconnaissons alors que le travail du sexe est une manière de faire: elle peut permettre à sa famille de vivre décemment. Choix fait dans les contraintes réelles de la société, elle doit alors pouvoir s’exercer en toute légalité dans cette société réelle et ce choix doit être reconnu comme un métier. C’est bien la reconnaissance légale qui permet de se prémunir de la contrainte, du proxénétisme forcé, des mauvais traitements…toutes conditions d’exercice du travail du sexe qui forcent à travailler cachées, empêchant les femmes d’être protégées. Choix contraint ?… oui … parfois … mais tant d’autres choix sont également contraints … La caissière de grande surface, la travailleuse à la chaine,les petits salaires, le peu de considération, la pression dans le travail sont monnaie courante et mènent parfois à … préférer le travail du sexe, car elle n’a, à cet égard, rien de bien particulier ou de remarquablement plus aigu à montrer.


Pourtant pour une travailleuse du sexe, dire qu’elle “fait des clients” c’est automatiquement se mettre à l’écart de la société et de ses normes, même lorsque les lois réglementent plus qu’elles n’interdisent. Ainsi, même si un cadre légal limite les abus, le regard porté sur nous empêche nombre d’entre nous de parler à visage découvert, de s’assumer pleinement aux yeux des proches ou de l’administration, ou de tiers hors du travail du sexe…


Pourtant, au regard de la société encore, aller aux “putes” n’est qu’un acte banal, admis. Il y a donc deux poids deux mesures, une sorte de schizophrénie, que l’on retrouve du reste chez certains clients qui paient parce qu’ils achètent ce service sexuel et qui finissent, une fois la relation établie, par affirmer que les travailleuses du sexe ne devraient pas être dans le travail du sexe.


C’est au fond comme si, chez certains clients, leur pratique du travail du sexe ne changeait pas l’image qu’ils se font du travail du sexe. Une image où elles sont toutes des victimes, même si la transaction concrète ne ressemble pas à cette image…Ce double standard, où les travailleuses du sexe ne devraient pas exercer, et les clients ne pas acheter, n’aide pas à désembourber les débats sur le travail du sexe et à assurer aux femmes une protection digne de ce nom.


Je ne demande donc rien d’autre au fond…qu’un peu de réalisme, ou est-ce un peu d’honnêteté ?

 

Claudette Plumey


Présidente de  ProCoRe   (Prostitution-Collectif-Réflexion) : http://www.prokore.ch/ 

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 18:29

MANIFESTE DES TRAVAILLEUSES DU SEXE DE CALCUTTA

 

 

par le Durbar Mahila Samanwaya Comittee (DMSC)

pour la 1ère conférence nationale des travailleuses du sexe indiennes, 14 au 16 novembre 1997

traduction : Cabiria.

 

travailleuses-du-sexe-de-Calcutta.jpg

 

 Traduction en ligne sur le site de Stella   

 

Un nouveau spectre semble hanter le monde. Peut-être que ces créatures fantômes qui ont été mises à l'ombre durant des siècles sont en train de prendre forme humaine et c'est pour cela qu'il y a tant de peur. Depuis quelques années déjà, le mouvement des travailleuses et travailleurs du sexe confronte la société sur de nombreuses questions fondamentales concernant les structures sociales, la vie, la sexualité, le bien et le mal. Nous considérons qu'un élément intrinsèque de notre mouvement consiste à continuer de chercher des réponses à toutes ces questions ainsi qu'à en poser de nouvelles.


Qu'est-ce que ce mouvement de travailleuses et travailleurs du sexe?


DMSCNous nous sommes retrouvées en tant que communauté à travers notre implication active comme travailleuses de santé, paires éducatrices dans un projet de contrôle VIH/MTS lancé en 1992 à Sonagachhi. Le projet nous a fourni l'espace initial pour construire un soutien mutuel, faciliter une réflexion et initier une action commune parmi nous, travailleuses et travailleurs du sexe. Dès le début du projet de Sonagachhi, avec le soutien emphatique de celles et ceux à la base du projet, nous avons clairement reconnu que même pour réaliser les objectifs de base du projet concernant le contrôle de la transmission du VIH et des MTS, il était crucial de nous percevoir dans notre totalité, c'est-à-dire comme des personnes entières, avec une variété de besoins émotionnels et matériels, vivant dans un contexte social, politique et idéologique concret et spécifique déterminant la qualité de nos vies et de notre santé, et non pas uniquement en terme de comportements sexuels.


Par exemple, en promouvant l'usage de préservatifs, nous nous sommes vites rendues compte que pour changer le comportement sexuel des travailleuses et travailleurs du sexe, il ne suffisait pas de leur parler des risques d'une sexualité non protégée ou d'améliorer leurs capacités de communication et de négociation. Comment une travailleuse du sexe pourrait-elle penser à protéger sa santé et sa vie si elle ne se valorise pas elle-même ? Même en étant pleinement consciente de la nécessité d'utiliser des préservatifs afin d'éviter la transmission de maladies, une travailleuse du sexe ne se sentira-t-elle pas obligée de mettre en danger sa santé, par crainte de perdre ses clients au bénéfice d'autres travailleuses du sexe de son quartier, à moins qu'elle soit sûre que toutes les travailleuses du sexe sachent persuader leurs clients d'utiliser des préservatifs pour chaque acte sexuel ? Certaines travailleuses du sexe peuvent ne même pas avoir la possibilité de négocier une sexualité protégée avec un client quand elles sont trop contrôlées par des maquerelles ou maqueraux exploiteurs. Quand une travailleuse du sexe meurt de faim, que ce soit parce qu'elle n'a pas assez de clients ou parce que ses revenus servent à payer une chambre, les maqueraux, les délinquants locaux ou la police, est-t-elle réellement en position favorable pour refuser un client qui ne veut pas utiliser de préservatifs ?


Et le client ? Un homme est-il susceptible d'apprendre quoi que ce soit d'une femme, et particulièrement d'une femme non éduquée et "indigne" ? Le client ne vit-il pas automatiquement sa rencontre avec une prostituée comme un comportement à risque et irresponsable ? Les notions de responsabilité et de sécurité ne sont-elles pas, pour le client, contradictoires à sa rencontre avec une prostituée ? Le préservatif ne représente-t-il pas un obstacle superflu à la réalisation de son plaisir "total" ?


Le client est souvent lui-même un homme pauvre et déplacé. A-t-il la possibilité de valoriser sa propre vie et de protéger sa santé ?


Pourquoi une travailleuse du sexe, prête à se servir de préservatifs avec son client, ne fera-t-elle pas de même avec son amant ou son mari? Quelle fine démarcation entre transaction commerciale et amour, méfiance et confiance, sécurité et intimité se trouve à la base de tels comportements ? Comment les idéologies de l'amour, de la famille et de la maternité influencent-elles chacun de nos gestes sexuels ?


Réfléchir sur une question si simple en apparence - une travailleuse du sexe peut-elle insister sur une sexualité protégée ? - nous a donc fait comprendre que cette question n'est pas simple du tout. La sexualité, les vies et le mouvement des travailleuses et travailleurs du sexe sont intrinsèquement liés à la structure sociale dans laquelle nous vivons et à l'idéologie dominante qui donne forme à nos valeurs.


Comme de nombreux autres métiers, le travail du sexe est également un métier et c'est probablement un des "plus vieux métiers du monde" parce qu'il répond à une demande sociale importante. Pourtant, la notion de "prostituée" est rarement utilisée pour faire référence à un groupe professionnel qui gagne sa vie en fournissant des services sexuels. Elle est plutôt utilisée comme une notion descriptive d'une catégorie homogénéisée, habituellement de femmes menaçant la santé publique, la morale sexuelle, la stabilité sociale et l'ordre civique. Au sein de ces limites discursives, nous sommes systématiquement les cibles d'impulsions moralisantes de groupes sociaux dominants, à travers des missions de nettoyage et de purification au niveau matériel et symbolique. Lorsque nous figurons sur un programme politique ou de développement, nous faisons l'objet de pratiques discursives et de projets pratiques dont le but est de nous sauver, réhabiliter, améliorer, discipliner, contrôler ou fliquer.


Les organisations caritatives veulent nous sauver et nous mettre dans des maisons "protégées", les organisations de développement veulent nous "réhabiliter" à travers des activités peu rémunérées et la police veut régulièrement faire des raids dans nos quartiers au nom de la lutte contre le trafic "immoral". Même lorsque les discours dominants nous perçoivent de façon moins négative, voire avec sympathie, ils ne sont pas dénués de stigmatisation ou d'exclusion sociale. En tant que victimes d'abus, dénuées de pouvoir et de ressources, nous sommes perçues comme des objets de pitié. Nous apparaissons également dans la littérature et le cinéma populaire comme une catégorie de personnages faits d'abnégation, de soin et de soutien, toujours prêts à abandonner nos revenus durement gagnés, nos clients, nos "péchés" et même nos vies afin d'assurer le bien-être du héros ou de la société qu'il représente. De toute façon, on nous refuse l'affranchissement en tant que citoyennes ou travailleuses et travailleurs légitimes, et on nous bannit aux marges de la société et de l'histoire.


L'oppression tolérée envers une travailleuse du sexe ne serait jamais tolérée envers une travailleuse "ordinaire". La justification donnée est que le travail du sexe n'est pas un vrai travail, il est moralement répréhensible. Contrairement à d'autres professions, on cache le sujet de la prostitution derrière la façade de la morale sexuelle et de l'ordre social et il n'est donc ni légitime ni sensé de discuter des exigences et besoins des travailleuses et travailleurs de l'industrie du sexe.


Les personnes qui s'intéressent à notre bien-être, et beaucoup se sentent réellement concernées, sont souvent incapables de penser au-delà d'une réhabilitation ou de l'abolition complète de la prostitution. Nous savons pourtant qu'il est peut-être impossible de "réhabiliter" une travailleuse du sexe, parce que la société ne permet jamais de gommer notre identité en tant que prostituées. La réhabilitation est-elle possible ou même désirable ?


D'où vient cette volonté de déplacer des millions de femmes et d'hommes ayant une occupation source de revenus, leur permettant de subvenir à leurs besoins ainsi qu'à ceux de leurs familles étendues, de surcroît dans un pays où le chômage atteint des proportions gigantesques ? Si d'autres travailleuses et travailleurs ayant des occupations aussi exploitantes peuvent oeuvrer à l'amélioration de leurs conditions de travail au sein des structures de leur profession, pourquoi des travailleuses et travailleurs du sexe ne pourraient-ils pas rester dans l'industrie du sexe et exiger de meilleures conditions de vie et de travail ?


Quelle est l'histoire de la morale sexuelle ?


Comme d'autres désirs et penchants humains, la sexualité et le besoin sexuel sont des aspects fondamentaux et nécessaires de la condition humaine. Les idées éthiques et politiques concernant la sexualité et les pratiques sexuelles sont socialement conditionnées, et spécifiques à une histoire et à un contexte. Dans la société telle que nous la connaissons, les idéologies concernant la sexualité sont profondément enracinées dans les structures du patriarcat et des coutumes largement misogynes. L'État et les structures sociales ne reconnaissent qu'un aspect limité et étroit de notre sexualité. Le plaisir, le bonheur, le bien-être et l'intimité sont exprimés à travers la sexualité. D'un côté, nous en parlons dans notre littérature et notre art. Mais de l'autre côté, nos normes et régulations sociales ne permettent une expression sexuelle entre femmes et hommes que dans les limites strictes des relations maritales au sein de l'institution de la famille.


Pourquoi avons-nous circonscrit la sexualité dans un régime si étroit, en ignorant tant d'autres expressions, expériences et manifestations ?


La possession de propriétés privées et le maintien du patriarcat passent par le contrôle sur la reproduction des femmes. Puisque les lignes de propriété sont maintenues à travers les héritiers légitimes, et que seuls les rapports sexuels entre hommes et femmes peuvent mener à la procréation, le patriarcat capitaliste ne reconnait que ces relations. La sexualité est perçue prioritairement et quasi exclusivement comme un instrument de reproduction niant ainsi tous les aspects intrinsèques de plaisir et de désir. En privilégiant l'hétérosexualité, l'homosexualité est non seulement rendue illégitime mais également considérée indésirable, contre nature et déviante. La sexualité n'est donc pas reconnue socialement au-delà de ses buts reproductifs.


Qu'en est-il du fait d'être mère ?


Le fait que notre profession et notre situation sociale ne permettent pas de parentalité légitime implique-t-il que nous considérions le fait d'être mère et de donner naissance à des enfants comme étant indigne et dénué d'importance pour les femmes ? Non. Nous pensons que toute femme a le droit de donner naissance à des enfants si elle le désire. Mais nous considérons également qu'en essayant d'établir la maternité comme seul et unique but pour une femme, les structures patriarcales essaient de contrôler les fonctions reproductives des femmes et de diminuer leur autonomie sociale et sexuelle. Nombre d'entre nous, travailleuses du sexe, sommes des mères et nos enfants nous importent énormément. Selon les normes sociales, ces enfants sont illégitimes, des bâtards. Mais ce sont les nôtres, et non de purs instruments pour le maintien de la propriété d'un homme ou la continuation de sa généalogie. Pourtant, il faut reconnaître que nous aussi sommes influencées par les idéologies de la société dans laquelle nous vivons. Pour de nombreuses femmes parmi nous, le désir impossible d'une famille, d'un chez-soi et d'un "nous" est une source permanente de douleur.


Femmes et hommes ont-ils les mêmes droits à la sexualité ?


Les normes sociales en matière de sexualité ne s'appliquent pas de la même façon aux hommes et aux femmes. Seuls les besoins sexuels des hommes sont reconnus au-delà de la procréation. Même s'il existe des petites variations de communauté à communauté et si, au nom de la modernité, certaines attitudes ont changé dans quelques endroits, ce sont majoritairement des hommes qui ont pu jouir du droit d'être polygame ou de chercher de multiples partenaires sexuels. On attend toujours des femmes qu'elles soient fidèles à un seul homme. Au-delà des interdictions écrites, les pratiques sociales limitent sérieusement l'expression de la sexualité féminine. Dès qu'une fille atteint la puberté, son comportement est strictement contrôlé et piloté afin qu'elle ne provoque pas l'envie des hommes. Au nom de la "décence" et de la "tradition", une femme professeure d'université n'a pas le droit de porter les vêtements de son choix. Lors de la sélection d'une épouse pour un fils, les hommes de la famille analysent les attributs physiques de l'épouse potentielle. Les représentations pornographiques des femmes satisfont les plaisirs voyeurs de millions d'hommes. Crèmes à raser et accessoires de salle de bain sont vendus pour attirer les hommes à l'aide de publicités dépeignant les femmes en objets sexuels.


Au sein de cette économie politique de la sexualité, aucune place n'est faite pour l'expression de la sexualité et des propres désirs des femmes. Les femmes doivent cacher leur corps aux hommes et, en même temps, elles doivent se dénuder pour assouvir leur désir. Même lorsque les médias commerciaux reconnaissent un certain statut de sujet aux femmes à travers la représentation de consommatrices, leur rôle reste défini par leur capacité d'acheter, et normé par des structures capitalistes et patriarcales.


Notre mouvement s'oppose-t-il aux hommes ?


Notre mouvement est sans aucun doute opposé au patriarcat, mais non contre tous les hommes individuels. De fait, mis à part les maquerelles et les femmes propriétaires, quasiment toutes les personnes qui bénéficient du commerce sexuel sont des hommes. Mais plus important encore, leurs attitudes envers les femmes et la prostitution sont biaisées par de fortes valeurs patriarcales. En général, ils pensent que les femmes sont faibles, dépendantes, immorales ou irrationnelles, qu'elles ont besoin d'être dirigées et disciplinées. Conditionné-es par les idéologies patriarcales du genre, hommes et femmes soutiennent généralement qu'il faut contrôler le commerce du sexe et opprimer les travailleuses et travailleurs du sexe pour maintenir l'ordre social. Ce discours moral est si fort que même nous, les prostituées, avons tendance à nous penser nous-mêmes dépravées et dévergondées. Les hommes qui viennent vers nous en tant que clients sont également victimes de cette même idéologie. Quelques fois, le sentiment de péché renforce leur excitation, quelques fois il mène à la perversion, et presque toujours, il crée un sentiment de dégoût d'eux-mêmes. Il ne permet jamais un échange sexuel confiant, honnête.


Il est important de rappeler qu'il n'y a pas de catégorie uniforme d'"hommes". Les hommes, comme les femmes, sont différenciés selon leur classe sociale, caste, race et autres rapports sociaux. Pour de nombreux hommes, l'adhésion à la norme sexuelle dominante n'est pas seulement irréalisable mais également irréelle. Les jeunes hommes à la recherche d'initiation sexuelle, les hommes mariés à la recherche de la compagnie d'"autres" femmes, les travailleurs immigrés séparés de leurs épouses à la recherche de chaleur et de compagnie dans le quartier rouge, ne peuvent pas tous être rejetés comme étant pervertis et mauvais. Le faire reviendrait à rejeter toute une histoire de recherche humaine de désir, d'intimité et de besoin. Un tel rejet créerait une demande inassouvie de plaisir sexuel dont le poids - même partagé par les hommes et les femmes - pèserait plus lourdement sur les femmes. La sexualité - qui peut être la base d'une relation égale, saine entre hommes et femmes, entre humains - deviendrait la source de plus d'inégalité encore et de strict contrôle. C'est à cela que nous nous opposons.


A côté de toute usine, relais routier ou marché, il y a toujours eu des quartiers rouges. Le système de rapports de production et de logique lucrative qui pousse les hommes à quitter leurs maisons et villages pour les villes, pousse également les femmes à devenir des travailleuses du sexe pour ces hommes.


Il est déplorable que cette idéologie patriarcale soit si profondément enracinée, et que l'intérêt des hommes en tant que groupe y soit si solidement ancré, que la question des femmes ne trouve presque jamais de place dans les mouvements politiques et sociaux classiques. Les travailleurs masculins qui s'organisent contre l'exploitation se préoccupent rarement des questions d'oppression de genre, et encore moins de l'oppression des travailleuses du sexe. Contre l'intérêt des femmes, ces hommes radicaux défendent eux aussi l'idéologie de la famille et du patriarcat.


Sommes-nous opposées à l'institution de la famille ?


La société perçoit les travailleuses du sexe et, de fait, toutes les femmes non impliquées dans une relation conjugale, comme des menaces à l'institution de la famille. On dit que les hommes, sous notre mauvaise influence, s'éloignent du bon chemin et détruisent la famille. Toutes les institutions - de la religion à l'éducation formelle - répètent et perpétuent cette crainte vis-à-vis de nous. Les femmes, ainsi que les hommes, sont victimes de toute cette misogynie omniprésente.


Nous aimerions accentuer clairement que le mouvement des travailleuses du sexe n'est pas contre l'institution de la famille. Nous remettons en cause l'iniquité et l'oppression des conceptions dominantes de la famille "idéale" qui défendent et justifient une distribution inégale du pouvoir et des ressources au sein des structures familiales. Notre mouvement lutte pour une structure familiale réellement humaine, juste et équitable, qui reste encore à créer.


Comme les autres institutions sociales, la famille se situe également au sein des structures matérielles et idéologiques de l'état et de la société. La famille idéale normative est basée sur l'héritage, à travers les héritiers légitimes et donc, sur la fidélité sexuelle. Historiquement, les structures familiales ont dans la réalité connu de nombreux changements. Dans notre pays, les familles élargies sont en train d'être remplacées par les familles nucléaires, comme nouvelle norme. En fait, dans toutes les sociétés, les gens vivent leurs vies de façons très différentes, à travers des relations sociales et culturelles variées - qui dévient de cette norme et ne sont pas reconnues comme idéales par les discours dominants.


Lorsque deux personnes s'aiment, désirent vivre ensemble, désirent élever des enfants ensemble, et rester en rapport avec d'autres personnes, ils pourraient trouver un arrangement heureux, égalitaire et démocratique. Mais cela se passe-t-il réellement de cette façon dans les familles que nous voyons et les couples que nous connaissons ? Ne connaissons-nous pas de nombreuses familles où l'amour est absent, au profit de relations basées sur l'inégalité et l'oppression ? De nombreuses épouses ne vivent-elles pas de fait des vies d'esclaves sexuelles, en échange de nourriture et d'un toit ? Dans la majorité des cas, les femmes ne disposent pas du pouvoir ou des ressources nécessaires pour quitter de tels mariages et familles. Quelques fois, femmes et hommes restent tous les deux piégés dans des relations vides, à cause de la pression sociale. Cette situation est-elle désirable ? Est-elle saine ?


La pute et la Madone - diviser et régner


L'idéologie familiale oppressive identifie la sexualité des femmes comme étant la menace principale à la relation conjugale d'un couple. Les femmes sont montées les unes contre les autres : l'épouse contre la prostituée, la chaste contre l'immorale - les deux sont représentées comme étant en compétition pour obtenir l'attention et l'envie des hommes. L'épouse chaste n'a droit à aucune sexualité, seulement à une maternité désexualisée et une domesticité. A l'autre bout de l'éventail, il y a la femme "déchue" - une machine de sexe, dénuée de tout penchant domestique ou de toute émotion "féminine". La bonté d'une femme est jugée sur la base de son désir et de sa capacité à contrôler et déguiser sa sexualité. La fille des voisins qui se fait belle ne peut être bien, les modèles et les actrices sont moralement corrompues. Dans tous les cas, la sexualité féminine est contrôlée et modelée par le patriarcat afin de reproduire l'actuelle économie politique de la sexualité et de sauvegarder les intérêts des hommes. L'homme a accès à son épouse docile et domestique, la mère de ses enfants, et à la prostituée qui assouvit ses fantasmes sexuels les plus sauvages. Non seulement les besoins sexuels des femmes sont considérés peu importants mais, de plus, leur autonomie, voire leur existence, sont niées.


Seule une prostituée peut probablement comprendre l'étendue de la solitude, de l'aliénation et du désir d'intimité poussant les hommes à venir nous voir. Le besoin sexuel de ces hommes ne se limite pas à un acte sexuel mécanique, à une satisfaction momentanée d'instincts "primaires". Au-delà de l'acte sexuel, nous fournissons un plaisir sexuel plus large fait d'intimité, de toucher et de sociabilité - service que nous rendons sans aucune reconnaissance sociale pour sa signification. Au moins, des hommes peuvent venir nous voir pour satisfaire leurs besoins sexuels - quelle que soit l'image impure ou honteuse véhiculée à propos du système de la prostitution. Les femmes n'ont pas de telles possibilités. L'autonomie de la sexualité des femmes est entièrement niée. La seule option disponible pour elles est d'être des prostituées dans l'industrie du sexe.


Pourquoi les femmes se prostituent-elles ?


Les femmes se prostituent pour la même raison que lorsqu'elles choisissent une autre option disponible, susceptible de leur fournir des revenus. Nos histoires ne sont pas fondamentalement différentes de celles des travailleurs de Bihar qui tirent un pousse-pousse à Calcutta, ou du travailleur de Calcutta qui travaille à mi-temps dans une usine à Bombay. Certaines parmi nous sont vendues à l'industrie. Après avoir été liées à la maquerelle qui nous a achetées pour quelques années, nous gagnons un degré d'indépendance au sein de l'industrie du sexe. Beaucoup parmi nous finissent dans le commerce du sexe après avoir vécu de nombreuses expériences - souvent involontairement, sans compréhension totale de toutes les implications liées au fait d'être une prostituée.


Mais quand est-ce que nous, les femmes, disposons-nous de choix, que ce soit au sein de la famille ou en dehors ? Devenons-nous volontairement des domestiques occasionnelles?  Choisissons-nous avec qui et quand nous voulons nous marier ? Le choix est rarement réel pour la plupart des femmes, et particulièrement pour les femmes pauvres.


Pourquoi restons-nous dans la prostitution ?


Il s'agit tout de même d'une occupation difficile. Le travail physique nécessaire pour fournir des services sexuels à de multiples clients pendant toute une journée n'est pas moins intense ou rigoureux que le travail en usine ou dans l'agriculture. Ce n'est certainement ni amusant ni divertissant. De plus, il y a des risques professionnels comme les grossesses non désirées, les avortements douloureux ou les MTS. Dans presque tous les quartiers rouges, les facilités de logement et de santé sont atroces, les lieux sont surpeuplés, la majorité des travailleuses du sexe sont pauvres, et en plus, il y a le harcèlement policier et la violence des délinquants locaux. De plus, il faut ajouter à la condition matérielle de dénuement et de pauvreté, la stigmatisation et la marginalisation - l'opprobre sociale d'être "pécheresses", d'être mères d'enfants illégitimes, d'être les cibles des frustrations et colères de ces enfants.


Prônons-nous la "libre sexualité" ?


Nous défendons et désirons une sexualité qui soit réciproque, agréable et protégée, indépendante, démocratique et non coercitive. D'une certaine façon, la "libre sexualité" semble impliquer une irresponsabilité et un manque d'intérêt pour le bien-être de l'autre, ce que nous ne voulons pas. Le droit à la parole, l'expression et l'engagement politique implique aussi des obligations et la nécessité de reconnaître et de s'adapter à la liberté de l'autre. Une libre sexualité devrait également impliquer une responsabilité et un respect pour les besoins et désirs de l'autre. Nous voulons être libres d'explorer et de modeler une attitude et une pratique sexuelle saine et mature - dénuée d'obscénité et de vulgarité. Nous ne savons pas encore à quoi ressemblera cette sexualité autonome en pratique - nous ne disposons pas encore d'une représentation complète. Nous sommes des travailleuses et non des prophétesses. Lorsque, pour la première fois dans l'histoire, les travailleurs se sont battus pour l'équité de classe et contre l'exploitation capitaliste, lorsque les Noirs se sont battus contre l'hégémonie blanche, lorsque les féministes ont rejeté la subordination des femmes... il n'y avait pas de représentation complète du nouveau système à mettre en place. Il n'y a pas de représentation exacte d'un futur "idéal" - elle ne peut qu'émerger et être modelée à travers le processus du mouvement.


Tout ce que nous pouvons dire en imaginant une sexualité autonome, c'est que femmes et hommes auront un accès égal, participeront de façon égalitaire, auront le droit de dire "oui" ou "non", et qu'il n'y aura pas de place pour la culpabilité ou l'oppression.


Aujourd'hui, nous ne vivons pas dans un monde idéal. Nous ne savons ni quand, ni si un ordre social idéal sera mis en place. Si nous pouvons accepter - dans notre monde qui est loin d'être idéal - l'immoralité de transactions commerciales concernant la nourriture ou la santé, alors pourquoi serait-il si immoral et si inacceptable d'échanger du sexe contre de l'argent ? Peut-être que dans un monde idéal, il n'y aurait pas de telles transactions - un monde où les besoins matériels, émotionnels, intellectuels et sexuels de toutes seraient satisfaits de façon équitable, avec plaisir et bonheur. Nous ne savons pas. Tout ce que nous pouvons faire maintenant consiste à explorer les inégalités et injustices actuelles, questionner leur fondement afin de les confronter, de les remettre en cause et de les changer.


Dans quelle direction va notre mouvement ?


Le processus de lutte dans lequel nous, les membres du Comité Mahila Samanwaya, sommes actuellement engagées, vient juste de commencer. Nous pensons que notre mouvement possède deux axes principaux. Le premier consiste à débattre, définir et redéfinir toutes les questions de genre, de pauvreté, de sexualité, posées par le processus de la lutte elle-même. L'expérience du Comité Mahila Samanwaya montre que, pour qu'un groupe marginalisé puisse faire des avancées minimes, il est impératif de remettre en cause un ordre matériel et symbolique omniprésent, qui modèle non seulement les discours dominants existants mais, peut-être plus important encore, conditionne historiquement la façon dont nous négocions nos propres contextes de travailleuses au sein de l'industrie du sexe. Ce processus complexe et à long terme devra continuer.


Le deuxième axe consiste à confronter et à s'opposer de façon urgente et consistante à l'oppression quotidienne qu'on nous inflige avec le soutien des idéologies dominantes. Nous devons lutter afin d'améliorer les conditions de notre travail et la qualité matérielle de nos vies, et cette réussite dépendra de nos efforts à nous, travailleuses du sexe, pour gagner le contrôle au sein de l'industrie du sexe elle-même. Nous avons commencé ce processus - aujourd'hui dans de nombreux quartiers rouges des villes et villages, nous, travailleuses du sexe, organisons nos propres forums pour créer une solidarité et une force collective au sein d'une communauté plus large de prostituées, pour forger une identité positive pour nous-mêmes en tant que prostituées et pour délimiter un espace où nous puissions agir pour notre propre compte.


Les prostitués masculins sont également avec nous


Le Comité Mahila Samanwaya de Durbar a été créé par des femmes travailleuses du sexe de Sonagachhi et des quartiers rouges avoisinants, et pour des femmes prostituées. Pourtant, au long des deux années de notre existence, les travailleurs du sexe masculins sont venus vers nous et nous ont rejoint de leur propre initiative. Ces travailleurs du sexe masculins fournissent essentiellement des services sexuels aux hommes homosexuels. Le statut matériel et idéologique des travailleurs du sexe masculins est encore plus précaire vu que notre société est très homophobe et que la pénétration sexuelle, même entre hommes adultes consentants, peut toujours être pénalisée légalement. Nous les avons donc accueillis comme compagnons de lutte et nous croyons fortement que leur participation rendra le mouvement des travailleuses et travailleurs du sexe vraiment représentatif et robuste.


Le mouvement des travailleuses et travailleurs du sexe fait son chemin - il doit continuer. Nous pensons que les questions que nous soulevons sur la sexualité sont non seulement pertinentes pour nous, travailleuses et travailleurs du sexe, mais aussi pour chaque femme et homme questionnant toute forme de subordination - au sein de la société en général ainsi qu'au sein de soi-même. Ce mouvement s'adresse à chaque personne qui lutte pour un monde social égalitaire, juste, équitable, libre d'oppression et, avant tout, heureux. Après tout, la sexualité comme la classe sociale et le genre font de nous ce que nous sommes. Nier son importance revient à accepter une existence incomplète en tant qu'êtres humains. L'inégalité sexuelle et le contrôle de la sexualité engendrent et perpétuent de nombreuses autres inégalités ainsi que l'exploitation. À travers notre mouvement, nous pouvons commencer à déterrer les racines de toute cette injustice. Nous devons gagner cette bataille, ainsi que la guerre - pour un futur non sexiste, socialement équitable, émotionnellement satisfaisant, intellectuellement stimulant et joyeux pour les femmes, les hommes et les enfants.

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 16:56

LE VIOL, UNE HISTOIRE DE DOMINATION ET NON DE PULSION SEXUELLE

 

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Le site "Basta !" publie des extraits du livre de Audrey Guiller et Nolwenn Weiler " Le viol un crime presque ordinaire" paru le 20 octobre, qui tordent le coup à nombre d'idées reçues sur le viol :

- Non, les personnes victimes de viol ne l'ont pas cherché !

- Non, les personnes qui disent avoir subi un viol ne sont pas à-priori des personnes qui mentent !

- Non, les femmes ne portent pas facilement plainte pour viol !

- Non, la grande majorité des viols ne sont pas jugés comme tel devant les tribunaux !

- Non, le viol ça n'existe pas que dans les milieux populaires !

- Non, il n'y a pas de profil "type" du violeur !

- Non, les violeurs ne sont pas des malades mentaux !

- Non, le viol n'est pas un acte pulsionnel ou spontané !

- Non, les violeurs n'ont pas de pulsions sexuelles irrepressibles !

- Non, le viol n'est pas de la sexualité !

Ces extraits font la synthèse de plusieurs recherches sur le viol. On constatera que si elles sont encore peu nombreuses, les recherches sur la réalité du viol existent bel et bien et convergent pour donner des pistes très claires sur les moyens de lutter efficacement contre le viol. Les réactions de cet été, relatives à l'affaire DSK, venant de responsables politiques ou de journalistes n'en sont que plus choquantes : Au-delà du sexisme insupportable de nombre de ces réaction, nombreux sont ceux et celles qui ont fait preuve d'une ignorance irresponsable en la matière. Alors que les outils sont à portée de main, nombre d'élu-e-s ont montré au travers de leur ignorance le peu d'intérêt qu'ils/elles avaient pour la question du viol. A moins que ce ne soit la volonté de ne pas savoir ?...

 

 Publié le 17/10/2011 sur le site "Basta !"

 

Le viol, une histoire de domination et non de pulsion sexuelle

 

 

75 000 femmes sont violées chaque année en France. Un crime souvent maintenu sous silence : seules 10 % des victimes portent plainte. Et à peine 3 % des violeurs sont condamnés. En cause notamment : les préjugés qui entourent agresseurs et victimes, et le traitement judiciaire. C’est ce que décrypte le livre « Le Viol, un crime presque ordinaire ». Voici, en avant première, des extraits de cette enquête sur ce qui ressemble trop à une tolérance envers un crime qui n’est pourtant pas une fatalité.

 

 

" En France, une femme sur six est victime de viol ou de tentative au cours de sa vie, soit 206 viols chaque jour. Le violeur peut être le père, le frère, le collègue, le voisin, le conjoint. Celui dont on ne se méfie pas. La plupart des victimes ont moins de 18 ans et la majorité des filles et femmes violées le sont par quelqu’un de leur entourage, familial, professionnel ou amical. Et pour violer, nul besoin de couteau ou de pistolet. Un viol sur deux est commis sans violence physique. Peur, sidération, menaces suffisent à pétrifier la victime.

Quand elle ose parler, la victime est pourtant, à chaque fois ou presque, soupçonnée de mentir. Demande-t-on systématiquement à une personne victime de vol de prouver qu’elle a résisté, hurlé, griffé son assaillant ? Celui qui s’est plié aux injonctions de son preneur d’otage, sous-entend-on qu’il a « consenti » ? Le viol a, dans les crimes de violence, un statut très singulier. C’est le seul pour lequel on attend de la victime qu’elle se débatte. Dans la définition pénale, c’est la menace, la surprise, la contrainte ou la violence qui caractérisent l’absence de consentement.

« C’est donc le mode opératoire de l’agresseur qui définit le viol et non ce qu’en dit la victime », explique Marilyn Baldeck, juriste et déléguée générale de l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Le lien hiérarchique, la dépendance économique sont des modes de contrainte qui peinent à être reconnus. « Mais pourquoi n’avez-vous pas parlé plus tôt ? » a demandé un magistrat à cette mère célibataire, violée par le directeur de l’école où elle était employée et son fils scolarisé. "

 

Céder = consentir ?

 

" En France, c’est à la victime de prouver qu’elle ne voulait pas. « Dans l’implicite du code pénal, si la femme est passive, c’est qu’elle est consentante, souligne Marilyn Baldeck. Pour le droit, céder, c’est consentir. » Ses meilleurs atouts pour soutenir ses dires restent les traces de violences qu’elle a subies. « C’est compliqué de savoir ce qui s’est passé. S’il y a des bleus, c’est plus facile », estime une avocate générale. « Les juges exigent trop souvent des témoins directs des faits, comme dans les autres cas de délinquance, ajoute maître Simon Ovadia, avocat plaidant fréquemment dans des affaires de viol. Alors que l’une des particularités d’une agression sexuelle, c’est qu’elle est commise en l’absence de témoin. »

Pour caractériser le viol, on pourrait imaginer que la justice s’intéresse différemment à la victime. En évaluant, par exemple, les conséquences du viol dans sa vie. « Son état, ce qu’elle est devenue, sont d’excellents indicateurs de l’absence de consentement », suggèrent les auteurs de Qualifié viol [1]. Les déménagements, séparations, troubles de la sexualité, grossesses, licenciements, symptômes de stress post-traumatique pourraient permettre de qualifier un viol. On pourrait aussi demander à l’accusé, comme au Canada, de prouver que la victime était consentante. La charge de la preuve serait inversée. "

 

Mieux vaut être vierge pour être crédible...

 

" Parfois, on fait le procès de la victime en même temps que celui de l’accusé. Le psychiatre Roland Coutanceau reconnaît que, sur ce point, les mentalités peinent à évoluer : « A priori, on doute toujours du témoignage de la victime. » Surtout si elle n’a pas été blessée. L’attitude « provocatrice » des victimes représente toujours une circonstance atténuante pour les hommes. « Plus la fille a la réputation d’être facile, moins elle est crédible au procès, explique Natacha Henry, journaliste et auteure de Frapper n’est pas aimer. Si en plus elle avait une jupe courte, qu’elle fumait un pétard, qu’elle avait déjà avorté et qu’elle connaissait l’agresseur, c’est fichu ! Pour avoir plus de chance que l’opinion la suive, c’est mieux si elle était en pantalon, vierge et dévouée à son entourage ou à son petit copain. »

« Trop peu de juges comprennent la psychologie de l’agression, ajoute maître Simon Ovadia. Un jour, en procès, un magistrat a demandé à la victime : “Mais enfin, pourquoi n’avez-vous rien fait ? Vous ne pouviez pas lui mettre deux gifles ?” C’est incroyable. » Interroger la victime est nécessaire pour juger du sort d’un accusé. « Mais avec un minimum de respect pour sa souffrance », demande Emmanuelle Piet, présidente du collectif féministe contre le viol. Des avocats, des associations et certains magistrats plaident pour la création de chambres spécialisées sur les violences sexuelles, composées de professionnels formés. "

 

Un crime déqualifié

 

" Moins de 3 % des viols, pourtant qualifiés crimes par la loi, sont jugés en cour d’assises. « J’ai souvent vu des agresseurs jugés en une heure, entre un vol de voiture, le braquage d’une supérette et l’agression de la petite mamie », raconte un commandant de police. Il n’est pas rare que le procureur ou le juge d’instruction demande à déqualifier le crime de viol en délit d’agression sexuelle, qui relève alors du tribunal correctionnel. Par cette déqualification, on « oublie » le fait que la victime a été pénétrée. Dans Qualifié viol, les auteurs constatent que la moitié des affaires jugées comme agressions sexuelles sont en réalité des viols, reconnus par les agresseurs ou avérés par les expertises. En 1995, au tribunal de Créteil, un quart des plaintes pour viol a été déqualifié à la demande du procureur.

Moins long, moins cher, moins éprouvant, sans jurés : passer en correctionnel présente toutes sortes d’avantages. C’est ce que l’on vante aux parties civiles. « Certains avocats préfèrent correctionnaliser des cas où la fille sort de boîte de nuit et monte dans la voiture de deux mecs inconnus. Parce que, aux assises, l’avocat de la défense va toujours la ramener là-dessus. La victime sera tourmentée par le regard des gens et pensera que si elle avait su, elle ne serait pas venue », note le chroniqueur judiciaire Paul Lefèvre, qui travaille notamment pour l’émission Enquêtes criminelles, sur W9. Parfois, les victimes préfèrent éviter la présence de jurés. Mais ce n’est pas le seul enjeu.

La correctionnalisation, très variable d’un tribunal à l’autre (ce qui nuit à l’égalité entre les justiciables), permet surtout de désengorger les tribunaux. Correctionnalisé, le viol n’en est plus un. De crime, il devient délit. Le délai de prescription passe de dix à trois ans pour les victimes majeures. Et de vingt à dix ans pour les victimes mineures. « L’homme qui m’a violée a été jugé par un tribunal correctionnel, raconte Lisa, victime de son voisin entre ses 5 et 7 ans. On avait expliqué à mon père que ça serait plus rapide, que l’agresseur serait condamné plus vite, à une peine équivalente à celle que l’on prononce aux assises. Il avait 81 ans. Il a été condamné à un an ferme. Il a fait appel. Sa peine a été revue à trois ans de sursis et 3 000 euros d’amende. Parce qu’il était vieux, m’a-t-on expliqué. J’ai perdu confiance dans la justice. » L’argument selon lequel les peines seraient équivalentes devant les deux juridictions résiste rarement à la réalité. En correctionnelle, la moyenne des peines est d’un an et neuf mois. Elle est de six ans aux assises. Et les relaxes sont deux fois plus nombreuses en correctionnelle, révèle une étude réalisé en 2000 sur le tribunal de Créteil. "

 

On ne condamne que les pauvres

 

" Une récente étude [2] de la sociologue Véronique Le Goaziou met en évidence une réalité déconcertante : après avoir épluché 425 dossiers de viols jugés en cour d’assises, elle note que 93 % des violeurs présumés sont issus des classes populaires. 41 % d’entre eux sont même chômeurs ou précaires. « Toutes les enquêtes montrent que le viol touche tous les milieux sociaux. Mais la grande majorité des agresseurs condamnés sont des pauvres. Où sont passés les autres ? », interroge Véronique Le Goaziou. Elle avance plusieurs hypothèses.

« Est-ce que, dans les milieux sociaux favorisés, on parle moins du viol ? À cause de l’honneur et de la peur du scandale ? Est-ce que les divers acteurs de la chaîne pénale sont moins enclins à poursuivre les auteurs des milieux sociaux favorisés ? » En tout cas, ceux-ci ont les moyens de payer de bons avocats et possèdent souvent des rudiments de culture juridique. « Ils ont aussi tendance à davantage nier les faits. » La majorité des condamnés sont des « personnes de faible niveau scolaire, sans maîtrise des rouages de la machine judiciaire », poursuit la sociologue. Ils sont isolés, incapables de mobiliser un réseau de défenseurs, comme le font certains accusés haut placés dans l’échelle sociale. "

 

Dans notre imaginaire, le violeur est un malade mental

 

" Le violeur n’est pas pourtant pas particulièrement pauvre, ni illettré et encore moins déficient mental. « La pauvreté créerait de la délinquance. Mais dans le cadre de mon travail de suivi des agresseurs sexuels condamnés, j’en ai vu de toutes les couleurs et de toutes les classes sociales », assure Roland Coutanceau, psychiatre précurseur dans la prise en charge des agresseurs sexuels. Il n’y a pas de profil type d’agresseur. Ce sont des hommes « normaux », intégrés à la société, souvent mariés et pères de famille. Une étude du collectif féministe contre le viol, basée sur 300 agresseurs, montre qu’ils sont particulièrement présents dans les professions suivantes : médicales et para-médicales (23 %), enseignement et animation (17 %), responsabilités d’encadrement (13 %), métiers de la loi et de l’ordre (10 %).

Cette réalité suscite l’incrédulité. On préférerait pouvoir attribuer cette barbarie à quelqu’un qui ne nous ressemble pas. Le débat autour de l’affaire DSK a fait surgir au grand jour ce stéréotype du violeur pensé comme un monstre. Un homme comme Dominique Strauss-Kahn ne saurait commettre un viol. Trop riche, trop intelligent, trop comme il faut. Dans notre imaginaire, le violeur est un malade mental. D’après les expertises de médecins et psychologues établies pour les tribunaux, 90 % d’entre eux ne souffrent pas de pathologie psychiatrique. Ce qui signifie, éclaire le psychologue et criminologue Loïck Villerbu, « qu’ils ne sont pas psychotiques, qu’ils ne présentent pas de débilité profonde, qu’ils ne font pas l’objet d’un traitement médicamenteux leur ayant fait perdre leur vigilance ».

Les violeurs ont une stratégie : « La clé de l’agression sexuelle est dans la tête de celui qui exerce la violence », précise Roland Coutanceau. Le violeur ne commet pas ce crime par hasard ou parce qu’il n’a pas pu s’en empêcher. « Les victimes sont la cible d’un agresseur qui a raisonné. De façon limitée, certes , ajoute le psychiatre et expert Gérard Lopez. Elles se retrouvent, malgré elles, exposées à un agresseur qui a calculé ses risques et ses profits. Et qui a choisi d’agresser. Elles ne l’ont jamais cherché. Elles ne l’ont jamais mérité. » "

 

Le viol, une prise de pouvoir

 

" Les violeurs n’ont pas de pulsions sexuelles irrépressibles. Le sexe est une composante du viol, mais il ne s’y résume pas. Il est un moyen pour agresser, mais pas le but. Pour les personnes qui le subissent, le viol est vécu comme un acte violent, une humiliation. « Le viol est d’abord une agression, détaille Loïck Villerbu. Et l’agresseur élit le champ sexuel. C’est trop facile d’imaginer que c’est un orgasme comme un autre. Il est beaucoup plus difficile d’imaginer que l’orgasme est obtenu au prix de la soumission de l’autre. L’agresseur veut d’abord transgresser la résistance de l’autre. Il recherche la toute-puissance et la domination. Être considéré comme un objet est d’ailleurs ce qui traumatise le plus les victimes. »

Les viols en temps de guerre sont clairement identifiés comme des outils de domination et d’humiliation. Pourquoi, en temps de paix, seraient-ils réduits à un problème de pulsion sexuelle ? Les contextes sont différents, mais la dynamique de prise de pouvoir et la volonté de domination semblent être en jeu dans chaque agression. Elles se déclinent différemment selon la personnalité, la trajectoire, la situation de l’agresseur et en fonction du type de viol qu’il commet : viol familial, conjugal, de proximité, d’inconnue ou viol collectif.

Donner du sens à un crime qui nous semble fou est une tâche ardue. Les études menées auprès de ceux qui sont interpellés, et de ceux qui sont aussi condamnés, permettent de mieux connaître les agresseurs, d’améliorer la qualité de leur prise en charge et d’avoir des outils pour faire de la prévention. Malheureusement, ces analyses établies au cours des procédures judiciaires, présentent un biais non négligeable : l’absence de représentativité. Puisqu’on estime que 90 % des victimes ne portent pas plainte. Leurs agresseurs sont en liberté. Les passages à l’acte de ces violeurs ne sont donc jamais décryptés. "

 

Audrey Guiller et Nolwenn Weiler

© Éditions du Cherche Midi

Extraits tirés du livre « Le Viol, un crime presque ordinaire », paru le jeudi 20 octobre aux éditions du Cherche Midi.

Notes

 

[1] Étude sur les décisions de justice relatives au viol dans le tribunal de Nantes. Écrit par Michèle Bordeaux, Bernard Hazo, Soizic. Éditions Médecine et hygiène, 1990.

[2] Le Viol, aspects sociologiques d’un crime, La Documentation française, 2011.

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 01:46

17 OCTOBRE, IL Y A CINQUANTE ANS...

POUR MEMOIRE...

 

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Mardi 17 octobre 1961, à Paris, des dizaines de milliers d’Algérien-ne-s-adultes et enfants manifestent pacifiquement, à l’appel du FLN, contre le couvre-feu et d’autres mesures racistes qui leur sont imposé-e-s par le préfet de police Maurice Papon et le gouvernement, mais aussi pour protester contre les violences policières qu’ils/elles subissent depuis plusieurs mois et pour exiger l’indépendance de l’Algérie.
D’autres manifestations auront encore lieu les 18, 19 et 20 octobre 1961 (entre autres, la grève des commerçant-e-s, la manifestation des femmes) à Paris, mais aussi dans d’autres villes.


La répression est féroce et meurtrière.
Des Algérien-ne-s sont assassiné-e-s, pendu-e-s dans les bois ou jeté-e-s dans la Seine.
Près de 14000 hommes sont arrêtés en quatre jours. Parqués dans les stades ou dans les commissariats, battus, torturés, certains mourront des suites de leurs blessures, d'autres resteront mutilés.
Près de 1500 d’entre eux sont déportés dans les camps en Algérie, d’autres sont internés dans des camps ou des prisons de France.

Le 17 octobre 1961 s'inscrit dans le long cortège de drames et d'horreurs généré par la colonisation, les guerres coloniales et en particulier la guerre d'Algérie.

 

Que s'est-il passé le 17 Octobre 1961 ? Récit détaillé sur le site "Les fantômes d'Octobre 1961"

 

 

 

A L'OCCASION DU CINQUANTENAIRE D'OCTOBRE 1961

 

 

REEDITION DU LIVRE "LES RATONNADES D'OCTOBRE" DE MICHEL LEVINE AUX EDITIONS JEAN-CLAUDE GAWSEWITCH


C'est la première enquête historique qui paraît depuis la censure des ouvrages parus en 1961. En 1985, la consultation des archives de la préfecture de police pour l'année 1961 est interdite. Michel Lévine parvient cependant à réaliser une véritable enquête historique à partir d'autres sources que les archives d'état. Là encore, les recherches historiques ultérieures ne démentiront pas cette enquête. Ce livre a la particuraité de contenir de nombreux témoignages de femmes algériennes et d'apporter plus d'informations sur les manifestations des femmes.

Si le livre de Michel Lévine a pu paraître sans être saisi, il a subi cependant une autre forme de censure : pas de publicité, très peu de visibilité, et donc très peu lu. Jusqu'à sa très récente réédition, il a été rarement mentionné dans les bibliographies sur octobre 1961, malgré sa qualité. Il vient d'être réédité à l'occasion du cinquantenaire des manifestations d'octobre 1961. Michel Levine fait partie des trop rares personnes qui ont eu le courage de faire un travail essentiel pour la transmission de la mémoire, et ce malgré les diverses formes de censure, de déni et d'invisibilisation qui ont prévalu ces cinquante dernières années sur Octobre 1961. C'est contribuer à la transmission de la mémoire que d'acheter ce livre  ou de le recommander ne serait-ce que dans votre bibliothèque municipale.

Pour plus d'info

Commander le livre

 

SORTIE EN SALLE DU FILM " OCTOBRE A PARIS " REALISE PAR JACQUES PANIGEL FIN 1961 ET CENSURE

 

Réalisé par Jacques Panigel (aujourd'hui décédé) et le comité Maurice Audin. Documentaire, Novembre 1961 (sorti en même temps que la parution du livre de Paulette Péju).
Le script est paru dans un numéro de la revue Image et Son en 1963. Jacques Panigel a tourné clandestinment ce film peu après le 17 Octobre. Il est retourné dans le bidonville de Nanterre et il a demandé aux gens de rejouer le départ à la manifestation. Il a également interviewé des survivant-e-s et des témoins. Il a tenté à plusieurs reprises de projeter ce film dont les copies ont presque à chaque fois été saisies. Le film a été censuré pendant 12 ans  puis a obtenu un visa de censure grâce à une grève de la faim du cinéaste  René Vautier, mais il n'a jamais été distribué jusqu'à aujourd'hui. Jacques Panigel avait posé comme condition à la distribution du film le tournage d'un  codicille qui contextualisait le documentaire et qui détermine exactement que la répression du 17 octobre est l’archétype du « crime d’Etat ». Cette condition n'a jamais été acceptée jusqu'à sa mort. A l'occasion du cinquantenaire d'Octobre 1961 les héritiers de Jacques Panigel autorisent sa distribution.  Mehdi Lallaoui, écrivain, réalisateur et président de l'association Au Nom de la Mémoire, tourne un préambule qui replace ce film dans son contexte. 

Article sur la sortie du film avec Vidéo du préambule de Mehdi Lalloui sur Médiapart

Entretien avec Jacques Panigel réalisé en 2000 par la revue Vacarme
Le film sort en salle le 19 octobre 2011

 

 

A STRASBOURG

 

RASSEMBLEMENT PONT DU CORBEAU LE LUNDI 17 OCTOBRE A 17H30 POUR LE CINQUANTENAIRE D'OCTOBRE 1961.

 

PROJECTIONS DU FILM "OCTOBRE A PARIS" DE JACQUES PANIGEL AU CINEMA ODYSSEE :

 

vendredi 21 octobre à 15h50

samedi 22 octobre à 22h30

dimanche 23 octobre à 18h50

jeudi 27 octobre à 17h20

dimanche 30 octobre à 12h45

lundi 31 octobre à 17h20


Cinéma Odyssée, 3 rue des Francs-Bourgeois, Strasbourg Centre

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

 

 Bibliographie

Une séléction de livres

Filmographie

Des vidéos en ligne


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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 23:02

Pétronille en Alsacie

Vignette dessinée

par Dina Mann

pour Pétronille en Alsacie

 

STORCHENBISS :

BAISER DE CIGOGNE

MORSURE D'ANGE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 22:22
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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 19:34

EXTRAIT DU

"GUIDE PRATIQUE DU FEMINISME DIVINATOIRE"

DE

CAMILLE DUCELLIER

 

Collection Extraxction

Editions joca seria

 

guide-pratique-du-feminisme-divinatoire.png

... « Au secours. A l'aide. Une phrase monomaniaque devient urgente pour traverser cette rupture avec confiance et vous cherchez désespérément un art divinatoire qui vous conviendrait le mieux. Cartomancie, astrologie, chiromancie...

Les deux premières semaines sont les plus dures et vos sentiments de cruauté latente sont à leur comble - axinomancie, divination à l'aide d'une hache chauffée au rouge, belomancie, divination par les flèches, causinomancie, divination par la combustion d'objets, empyromancie, divination par la vision des entrailles des animaux -.

Puis la dépression prend le dessus avec une pointe de découragement - chasmimancie, divination par les bâillements, cleidomancie, divination par les clefs, oculomancie, divination par l'observation de l'oeil, spondanomancie, divination par les cendres -.

Enfin le romantisme, qui est le vôtre depuis toujours, retrouve une place pathétique dans votre constitution - anémomancie, divination par le vent, biastomancie, divination par les oiseaux nocturnes, castronomancie, divination par un verre d'eau, métopomancie, divination par les traits du visage et du front, tyromancie, divination par les fromages, xylomancie, divination par les branches et les écorces -.

Cette versatilité est épuisante et vos amis viennent de vous offrir un pendule, afin de mettre un terme à cette angoissante liste de possibilités. Un moyen de choisir sans crainte ce que votre corps sait déjà, sans vouloir s'autoriser le verbe adéquat. Un balancement, une direction pour donner un sens à son désir.

Comme le pendule est un prolongement de votre confiance, son utilisation est aussi transitoire qu'illusoire. Plus vous aurez confiance en vous, moins vous aurez besoin de vous référer à cet outil. Il est votre inconscient et votre désir tordu, mais c'est vous qui sentez. Pas lui. C'est vous qui connaissez la réponse. Pas lui. C'est vous qui êtes partiellement inhibée et aveugle. Pas lui. »

 

Extrait du "Guide pratique du féminisme divinatoire"

de Camille Ducellier, 2011

Editions joca seria, collection Extraction

Le livre est accompagné du DVD

« Socières, mes sœurs » de Camille Ducellier, 2011

 

Au sommaire du livre

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 14:32

OUVERTURE DE LA STATION

CENTRE LGBTI STRASBOURG / ALSACE

UNE SEMAINE DE FESTIVITES !

 

(cliquer sur l'image pour agrandir)

inauguration-station.jpg

 

Le moment tant attendu est arrivé !! Le centre LGBTI Strasbourg Alsace ouvre enfin ses portes sous le nom de La Station ! Démarrage en beauté avec une très belle programmation du 16 au 22 octobre ! Nous auront désormais un lieu visible à Strasbourg, en plein centre-ville, accessible, où il sera possible de se retrouver (un café associatif), de s'informer (infos juridiques, santé, bibliothèque, etc...), de chercher de l'aide, d'y organiser des évènements ou de participer à des évènements (culturels, associatifs, festifs) et bien d'autres chose encore... Pour celles et ceux qui souhaitent participer comme bénévoles au centre ( aider à tenir le café associatif, participer à une des commissions du centre ), contactez La Station contact@lastation-lgbti.eu ou RDV sur le site .

 

 Communiqué du Centre LGBTI Alsace La Station du 09/10/2011

 

La Station, Centre Lesbien Gay Bi' Trans' et Intersexe,

célèbre son ouverture

et vous propose une semaine de festivités

 

La semaine de festivités débutera le dimanche 16 octobre par la conférence : « Le genre ça existe et ça concerne tout le monde ».

Par la suite, différents événements ponctueront cette semaine d'ouverture : soirées débat, ciné club, soirée conviviale...

La Station accueillera également durant cette semaine l'exposition de photos « Walk With Pride »

Cette semaine sera clôturée par un cortège qui déambulera dans la ville le samedi 22 octobre.

 

Nous vous invitons à venir nombreux pour partager ces moments avec nous !

 

La Station / Centre LGBTI Strasbourg Alsace

contact : contact@lastation-lgbti.eu

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