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Maud Yeuse Thomas :


"Le transsexualisme n'est plus une maladie mentale"


 

"Le transsexualisme n’est plus considéré comme une maladie mentale en France, premier pays au monde à sortir le transsexualisme de la liste des affections psychiatriques, par un décret publié mercredi au Journal officiel"(Source AFP)

http://www.liberation.fr/societe/0101619025-le-transsexualisme-n-est-plus-une-maladie-mentale

 

Si le JO le dit...

Tiens mais au fait, pourquoi donc le JO ? et pas l'OMS ou le CIM (équivalent du DSM), instance chargées de "santé(s)" mentale(s) ? L'affaire serait-elle politico-étatique ?

Autant que je sache, l'objet n'est pas retiré du CIM, pas plus que du DSM dont la version 5 se prépare. Par ailleurs, la tendance est au verrouillage de plusieurs manières :

- empêcher les opérations à l'étranger sans l'aval d'un psychiatre dans les conditions du protocole franco-français qui trie transsexes et transgenres sans aucune méthodologie d'ensemble et encore moins pour le vécu des individus ;

- rend impossible le changement juridique d'identité pour les transgenres (non opéré-es) et aimerait bien rendre encore plus difficile encore le changement pour les transsexes opéré-es à l'étranger;

- le récent rapport de la commission trans de l'Etat chargé d'examiner les progrès et les difficultés des suivis ont rendu impossibles les relations équitables et matures entre les équipes et les associations et ont sciemment participé au haro généralisé contre les "militant-es" ("libertaires" selon P-H. Castel, "injustes" selon Françoise Héritier...) et que valident la quasi totalité des trans se retranchant derrière ce leurre d'un clivage binaire/queer...

 

Encore une fois, la France joue au dés la carte universaliste de pays des droits des hommes en jouant avec la loi des "exceptions" que la psychiatrie d'Etat a cultivé jusqu'à présent en plaçant entre parenthèses les droits considérés comme " élémentaires" dans ladite république éthique. Des droits pour tout le monde? Oui, mais ce sont des malades quand même... Que va faire le JO face aux théories de psychiatrisation qui valent depuis les années 50/60 sur le modèle de la psychiatrisation de l'homosexualité ? Il faudra un peu plus qu'une déclaration d'intention d'une femme politique sans pouvoirs.

 

«La France est le premier pays au monde à ne plus considérer le transsexualisme comme pathologie mentale», s’est félicité vendredi auprès de l’AFP Joël Bedos, responsable français au Comité IDAHO (International Day Against Homophobia and transphobia)."(Source AFP)

 

Mais alors, qu'est donc ce "transsexualisme" si l'on retire, au moins dans l'intention, du registre des maladies mentales ? Pourquoi n'est-il plus (enfin, on va attendre un peu pour son application pratique...) une "maladie" ? Va-t-on enfin cesser de mettre entre parenthèses la vie de ces quelques individus menaçant à eux seuls la "santé mentale" de ladite république ?

Le déplacement méthodologique "d'inversion de l'identité sexuelle" (directement transférée du discours sur l'homosexualité vers le transsexualisme) en "affection de l'identité de genre" méconnait totalement la révolution conceptuelle et historique du féminisme et du postféminisme, encore plus du queer. Elle préfère se courber devant les déclarations de ce pape omnipotent qui, lui, ne s'y trompe pas. S'il valide sans examen les transsexes en justifiant l'aspect thérapeutique de la transition et de l'opération en particulier (ce qui valide culturellement celle des intersexes), il condamne la politique queer des genres car cela déstabilise durablement l'équilibre binaire reposant sur l'inégalité et avec cet "équilibre", le type même de société.

On préfère donc dépsychiatriser (dans les intentions hein..) le transsexualisme qui finalement ne fait du mal (ah la "mutilation sexuelle", concept fétiche...) qu'aux concernée-es... Car le bruit de fond que soulève socialement le queer s'étend et se généralise (Butler se vend très bien entre autres et toutes les disciplines humaines, sociales, politiques, communicationnelles... thèsent très fort sur ce sujet "people" en passe de devenir un sujet "éthique". Par ailleurs, il faut scinder l'objet-transsexualisme du queer car il sert aux analyses queers d'aiguillon dans l'épaisseur même du "surplomb" biosocial qui a survécu en montrant en quoi les cliniques intersexe et transsexe ont en commun, non les transitions et opérations mais les décisions sur autrui en en fabriquant des exceptions (à la loi biologique...) et des sans-papiers souffreteux, malades d'une inversion/affection mentale inconnue ou d'une "erreur de la nature"...

Et ceci dans un contexte politico-intellectuel que l'on connait tout en applaudissant de deux mains, la "révolution socioculturelle et philosophiqu"e de Simone de Beauvoir sur les bancs de l'Université. Ah le devenir de la femme... tiens, le devenir-femme de Deleuze et Guattari a disparu... Mais ouf, si la femme devient (mais oui, comme c'est logique), l'homme lui, il nait et est dans le même temps.

Pas de doute, la politique se ménage un espace au cas où le vent tournerait dans ce sens "philosophique" qui (nous) manque tant pour valider cette introuvable "éthique". Les équipes "autoproclamées" vont-elles se plier à la décision politique ? Certainement pas, l'application manque tout simplement à l'appel et surtout, le pouvoir sur autrui en décidant qui est qui va manquer terriblement.

Puisque l'on dépsychiatrise, puisque ce n'est plus une "maladie", l'opération de conversion n'est plus nécessaire "thérapeutiquement" mais juste pour les individus désireux de le faire car il conditionne leur équilibre personnel, relationnel, sexuel, et social. Dans ce cas, transsexes et transgenres peuvent disposer de papiers d'identité dès la transition entamée avec un médecin-psychiatre de leur choix qui ne fasse aucune rétention de leur dossier médical comme c'est le cas et dans un accompagnement digne de ce nom. La loi ne peut plus exiger le divorce de la personne trans pour l'obtention de ces papiers, elle ne peut plus exiger non plus ces "expertises" à la charge des intéressé-es...

Une telle décision est une décision de société et non une simple décision politique. La France est le premier pays au monde à sortir le transsexualisme de la liste des affections psychiatriques? Elle va devoir revenir sur tous les discours, thèses, théories qui ont composer une opprobre culturelle de fond telle que la HALDE hésite encore et toujours a prendre parti et faire de la transphobie un crime comme l'homophobie, le racisme et le sexisme.

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