JONJIE, POLICARPIO ET RONNIE DEVANT LE JUGE DES "LIBERTES (?)" A
STRASBOURG...
LE CAUCHEMARD CONTINUE !!
Jeudi 28 mai 2009 au TGI de Strasbourg a eu lieu l'audience devant ce qu'on
appelle abusivement « le Juge des Libertés », devant décider de la libération ou du maintien en rétention de Jonjie, Policarpio et Ronnie.
L'avocat a soulevé de sérieuses questions de droits, notament sur le procédé
qui consiste à croire sur parole le représentant de la préfecture, lorsqu'il prétend entreprendre des démarches afin de rendre possible les expulsions (en jargon juridique « appliquer les
mesures d'éloignements ») et avoir besoin d'une prolongation de la détention, pardon la rétention, pour mener à bien ces démarches. Aucune pièce dans le dossier justifiant les démarches de
la préfecture, alors que la défense se doit de justifier tout ce qu'elle déclare... Ces arguments n'ont pas été retenus par la Juge, si bien que l'avocat s'est demandé si la préfecture à
Strasbourg ne demandait pas des prolongations de rétention par confort, celles-ci lui étant apparament acquises. En effet sur tous les cas sur lesquels la juge a eu à se prononcer ce matin-là,
elle a systématiquement pris la décision de prolonger la rétention, toujours avec le même argument, toujours selon le même scénario. J'ai pu assister à d'autres audiences avec cette même juge :
même décisions, maintien en rétention, mêmes arguments, même scénario sans compter l'agressivité à l'égard des personnes jugées et des personnes dans la salle (le seul qui soit traité avec
respect étant le représentant de la préfecture), et ce quel que soit le cas.
Naïvement j'ai cru qu'elle serait vraiment sensible à la situation intenable
de Jonjie au CRA, seule femme transgenre dans un monde presque entièrement masculin, parce que Jonjie n'a de masculin que son état civil , mais est traitée comme un homme, obligée de dormir avec
les hommes et subit harcellement et agressions sexuelLEs : L'avocat a largement exposé le cauchemard que vivait Jonjie, ainsi que la mise en danger de sa santé du fait qu'elle ait été privée de
ses hormones. Il m'a d'ailleurs fait remarquer après l'audience qu'étant donné la situation intenable et insoluble de Jonjie au CRA il était persuadé qu'elle serait libérée. Mais rien n'y a fait
: prolongation de la rétention, dans les mêmes conditions, telle a été la décision de la Juge...
L'avocat fait appel. L'appel n'est pas suspensif (la France a d'ailleurs été
condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme à ce sujet, pour non respect du droit à la défense) : Jonjie, Policarpio et Ronnie peuvent être expulsés d'un moment à
l'autre.
Avec quelques militantEs et le compagnon de Jonjie, nous avons passé
l'après-midi au CRA : nous avons assisté impuissantEs au désespoir de nos amiEs. Policarpio m'a longuement expliqué comme cela a été long et difficile pour lui et Ronnie de construire une vie à
deux ... Depuis mars, ils avaient enfin leur propre appartement, dont ils ont refait toutes les pièces, ont achetés des meubles neufs et réalisaient enfin leur rêve d'avoir leur nid d'amour à
eux... ce rêve si durement réalisé est parti brusquement en fumée. Ronnie était tellement abattu qu'il s'est isolé dans sa chambre presque toute l'après-midi. Jonjie n'a cessé de pleurer et de
fumer cigarettes sur cigarettes : elle regarde son compagnon avec désespoir; il est français et l'expulsion va les séparer. Son compagnon ne pleure pas mais le chagrin dans son regard est
insoutenable. Et on ne leur a même pas accordé la totalité de ces toutes petites 30 mn de visite qu'ils avaient pour se serrer dans les bras...
Voilà pourquoi j'ai mis du temps à mettre en ligne les nouvelles : vidée,
écoeurée, incapable d'écrire quoi que ce soit.
Vous aurez remarqué qu'il y a eu un changement de prénom : Giorgie est
devenue Jonjie. En fait c'est nous, militantEs bien gauloisEs, qui avons mal compris son prénom. Toutes nos plates excuses pour avoir déformé le prénom de Jonjie...
Toute mon affection à Jonjie, Policarpio et Ronnie, que j'apprend à
connaître, dont je découvre la vie, qui sont trois personnes exceptionnelles que j'aurais tant aimé rencontrer dans d'autres circonstances...
Un récit détaillé du procès par Bernadette, correspondante de "La Feuille
de choux"
La feuille de chou numéro
1771 du 28/05/2009 : "Policarpio, Ronnie et Jonjie devant le juge des libertés et de la détention"
Policarpio, Ronnie et Jonjee devant le Juge des libertés et de la
détention
correspondante
28/05/2009
Policarpio, Ronnie et Jonjee sont attendus au TGI à partir de 10H45 où on va
statuer sur la prolongation éventuelle de leur séjour au CRA de Geispolsheim, où ce n'est pas encore tout à fait l'enfer, mais presque.
Une vingtaine de personnes, certaines à titre personnel, d'autres pour
représenter leur association, leur appartenance politique, sont venues les soutenir:
Festigays, LeZ Strasbourgeoises, TaPaGes, Support Transgenre Strasbourg, La Lune,
Les Epines, NPA, CNT Interpro67, Octobre Verre (Moselle), SudEduc67, Les Alternatifs, RESF, Commission Justice et Paix, Fraternités Laïques Dominicaines
.
L'habitude aidant, chacun sait que la dame blonde entrevue derrière une porte
n'augure rien de bon pour ceux qui vont comparaître, il s'agit de Mme Humbert, présidente, qui n'est là que pour les maintiens en rétention, et rien d'autre, comme elle le précise chaque
fois.
Dans le couloir, on se salue, on se reconnaît d'autres séances du même type, on
accueille l'interprète de langue Tagalog, on voit passer Ronnie tenu en laisse comme un chien par un gendarme.
Le rassemblement alerte une secrétaire qui nous informe de la sévérité du
tribunal, et les forces de police qui renforcent leur "dispositif" en postant deux gardiens à l'entrée du public dans la salle, lesquels, on le verra bientôt, sont là pour contenir nos
"débordements".
Après la fouille et quelques hésitations nous entrons en salle 136, - d'où madame
la présidente est justement sortie-, pour assister aux audiences.
Un haut-le-corps précède le coup d'oeil circulaire qu'elle jette vers la salle en
entrant et en déclarant que l'on doit se lever lorsqu'entre "le" tribunal. (Pourtant c'est une dame)
Un Egyptien, arrêté à Vesoul sans passeport mais avec un titre portugais n'a pas
compris qu'il ne doit pas parler. "Vous devez écouter sans intervenir sur ce que le tribunal dit". Comme il n'obtempère pas, elle crie "le tribunal n'est pas une foire d'empoigne". 15 jours
supplémentaires de rétention.
Un sans-papiers, jeune, docile, se présente comme Palestinien. Le représentant de
la Préfecture l'accuse de fausse identité. Algérien quinze jours auparavant, il ne s'est pas rendu au Consulat d'Algérie où il était convoqué. 15 jours supplémentaires.
Madame la Présidente tend l'oreille au moindre murmure et tance les jeunes
personnes du public qui se permettent des commentaires. Entrée de Ronnie, né en 1973," arrêté par les Allemands" (excusez cette formulation d'un autre âge): avez-vous un passeport? En France
depuis 2001 (-sous quel gouvernement, au fait? NDR) il n'a pas fait de démarches de régularisation. La préfecture l'accuse de dissimulation d'identité, l'avocat conteste, quinze jours. Ronnie
nous fait à tous un signe de la main en partant, auquel nous répondons tous.
Pendant l'interruption de séance avant l'arrivée de Jonjee, le jeune policier
s'adresse à un jeune homme "et toi, là, enlève cette cigarette de ton oreille! " Une dame s'indigne : "pourquoi tutoyez-vous ce monsieur?" première réponse "ça ne vous regarde pas, ce que je dis
à ce monsieur", puis "Monsieur, voudriez-vous enlever cette cigarette de votre oreille, c'est un manque de respect au tribunal". La dame continue: "Pourquoi n'a-t-il pas le droit de consulter son
téléphone, alors que vous, vous envoyez des textos en pleine séance?" La police (pourtant c'est un homme) fournit ses explications. "Il a été appelé, c'est différent. Mon téléphone à moi est
silencieux". Un gradé passe de temps en temps. Il a trois galons et pas de veste. Il inspecte ses "hommes", parle en même temps que le tribunal, ne se fait pas reprendre. Six gendarmes et deux
policiers, plus lui, ça fait neuf forces de l'ordre.
Jonjee: petite femme frêle aux cheveux très longs, en attente de reconduite à la
frontière; sort du CRA où elle partage la cellule avec un homme. Son statut de transsexuel, en traitement hormonal, non autorisé au CRA *, a été attesté par le corps médical. L'avocat lit des
références sérieuses à ce sujet. Madame la présidente s'obstine à dire "Monsieur". La préfecture (pourtant c'est un homme qui parle) dit qu'il n'y a pas de laissez-passer pour elle, qu'il faut la
maintenir en détention. Jonjee revient s'asseoir, elle pleure. Madame la présidente s'absente pour délibérer, revient sans lire le résultat, appelle Policarpio. Quelqu'un tente de sortir. Non, ce
n'est pas possible avant la fin de l'audience. Il ne reste qu'une personne, le policier fait le signe "un" avec le pouce.
Policarpio, la cinquantaine, tient la tête basse, abattu. Il parle d'une voix
très faible, demande le droit de préparer ses affaires avant de partir. Il sait ce qui l'attend. La greffière note-t-elle? Les demandes sont les mêmes, les réponses aussi. Prolongation de quinze
jours pour lui et Jonjee, aucun argument de l'avocat retenu, Jonjee reste un homme. Il est midi quarante, nous sommes refoulés dans la salle, puis on nous laisse repartir, distance de
sécurité.
*Précision : Jonjie a été privée de son traitement hormonal du 11/05/2009,
jour de son arrestation au 23/05/09, jour où Jonjie a fait un malaise et où des militantEs ont du intervenir et insister pour faire venir un médecin qui lui a immédiatement prescrit la reprise de
son traitement hormonal du fait des risques pour sa santé. Jonjie avait de sérieux troubles depuis plusieurs jour et n'arrivait pas à obtenir la reprise de son
traitement.